samedi , 25 mai 2019

Vers quel mode de gouvernance locale?

Les revendications et les aspirations à un profond changement exprimées depuis quelques temps par la population mettent en évidence la nécessité, voire l’urgence, d’un débat sur les perspectives et les contenus des modes de gouvernance à mettre en œuvre au plan national mais aussi au niveau local. Cette réflexion, émise lors d’une rencontre entre trois universitaires et deux retraités au café des mauvaises langues oranaises, semble se justifier plus que jamais quand on regarde l’état des lieux, plutôt déplorable, de certains secteurs vitaux pour le développement local et le progrès social. Il est vrai que depuis ces dernières années, la réhabilitation des services publics, l’amélioration des prestations, le renforcement de la coordination intersectorielle en relation avec le développement, et le climat de confiance entre l’administration et le citoyen sont des questions inscrites au cœur des préoccupations des gouvernants. mais des questions qui ne sont le plus souvent abordées qu’à l’intérieur même du système de gestion, entre des décideurs centraux et des walis, dans un cadre balisé par des tabous et des interdits bloquant les initiatives et la réflexion pour le progrès et le renouveau. La nouvelle conjoncture économique induite par la chute des cours du pétrole avait certes imposé aux gouvernants de sensibiliser les gestionnaires locaux à une nouvelle approche du développement local devant désormais reposer sur la rigueur et la rentabilité des investissements. Et non plus, essentiellement, comme c’est le cas depuis cinquante ans, sur la course anarchique à la consommation des crédits par des collectivités locales soucieuses d’atténuer, comme elles peuvent, les pressions sociales à travers la distribution du logement et de l’emploi fictif aux potentiels protestataires. Mais cela est loin de suffire à assurer une nouvelle orientation de la gouvernance locale permettant de transformer une Wilaya, une mairie ou une Daïra en une véritable entreprise devant compter sur ses propres moyens et ses propres capacités à mobiliser des capitaux afin d’assurer son développement. Pour bon nombre d’experts, une régionalisation intelligente des entités territoriales serait une piste à ne pas écarter au nom d’on ne sait quel danger ou risque d’atteinte à l’intégrité de la Nation. Le centralisme politique et bureaucratique, armure des autocraties, est bien plus néfaste à la cohésion sociale et à l’équilibre territorial que ne le pensent certains acteurs bercés par l’atavisme de la pensée unique et de la «légitimité historique» qui semble aujourd’hui acquise par héritage. (A suivre).

Par S.Benali