vendredi , 6 décembre 2019

...:
Vers une guerre totale ?

« Source de paix ». Voilà un tendre nom qui pourrait rappeler les temps paisibles de bonheur et de félicité absolue. C’est un peu comme un titre des doux livres du temps de la renaissance. Sauf que la réalité est tout sauf cela. Car « source de paix » c’est le nom choisi par les Turcs pour baptiser leur grande offensive sur les kurdes des YPG et sur une grande partie de la Syrie.
Une opération militaire qui a soulevé un grand tollé à travers le monde. A commencer par le président américain Donald Trump, qui indirectement était derrière cette boucherie qui s’annonce, en décidant de retirer ses troupes de la région et de tourner le dos, à ceux qui pourtant étaient ses premiers alliés dans la lutte contre le groupe terroriste de daech. Il y eut aussi les vives condamnations des Arabes, des Européens et des Iraniens.
Et si Erdogan a plutôt épargné, dans sa riposte, les Iraniens et les Américains, il a été d’une rare virulence avec les Arabes et les Européens. En direction des premiers, les Saoudiens et les Émiratis en tête, les mots choisis sont d’une rare dureté. « Que l’Arabie saoudite se regarde d’abord dans une glace et s’explique sur les dizaines de milliers de personnes qui sont mortes au Yémen » à cause de l’offensive saoudienne lancée depuis 2015 contre les houthis. Pour le président égyptien, la diplomatie était totalement occultée et la réponse a frisé l’insulte « Abdel Fattah al-Sissi ne devrait pas dire un seul mot ». Et à Erdogan de s’adresser directement au rais égyptien : « Tu es le tueur de la démocratie dans ton pays, un vrai assassin ».
Les Européens ont, eux aussi, eu pour leur grade et Erdogan leur a rappelé sans ménagement qu’ils ne pesaient plus rien sur l’échiquier international, les menaçant de sa terrible carte des réfugies cantonnés sur son territoire. « Ô Union européenne, reprenez-vous. Je le dis encore une fois, si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants ». Une menace qui a refroidi les lancées lyriques des leaders européens qui connaissent mieux que quiconque leur talent d’Achille et savent qu’ils n’ont plus que des effets de manches à agiter sans aucune incidence sur les événements sur le terrain.
Mais au-delà de ces prises de bec, ce qui reste dangereux à constater, c’est que cette région du Moyen Orient est réellement sur un baril de poudre et que les intérêts et les inimités sont tellement multiples qu’une guerre à grande échelle reste plus posée que jamais et ne relève plus de simples cris d’alarmistes en manque de sensationnel. Surtout qu’à la Maison Blanche se trouve un homme qui n’a jamais rien compris à la complexité des relations internationales et qui nourrit directement ou indirectement toutes les tensions au monde et qui, dans une région comme le Moyen Orient, pourraient très vite se transformer en une guerre généralisée.

Par Abdelmadjid Blidi