samedi , 17 avril 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Forum national sur le phénomène de la «harga»</span>:<br><span style='color:red;'>119 cadavres repêchés et plus de 300 passeurs arrêtés en 2018</span>

Forum national sur le phénomène de la «harga»:
119 cadavres repêchés et plus de 300 passeurs arrêtés en 2018

Le Ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, a affirmé, hier, que près de 120 de corps de haraga ont été repêchés sur les côtes algériennes tout au long de l’année 2018. M. Bedoui a fait savoir aussi, qu’au cours de la même période, de nombreuses personnes sont portées disparues et 344 passeurs ont été présentés devant le tribunal.

Les détails du phénomène de l’immigration clandestine ont été communiqués hier lors du forum de la haraga organisé au Palais des Nations à Alger. Ce rendez-vous d’une durée de deux jours, s’est penché sur ce phénomène qui a connu des proportions alarmantes, ces derniers mois.
Le Ministre de l’Intérieur a donné, lors de son intervention, les chiffres de ce phénomène. « Au total, 96 algériens, pour la majorité, des jeunes ne dépassant pas 30 ans ont été déclarés « disparus » suite à leur tentative d’immigration illégale et 119 corps de migrants illégaux ont été repêchés sur les côtes algériennes en 2018 ». Il précisera que « les corps repêchés, la majorité ne sont pas partis d’Algérie. Ils ont été ramenés vers nos côtes par les courants », ajoutant que des dizaines de haragas ont été sauvés en haute mer et d’autres ont été « empêchés d’entreprendre cette dangereuse aventure ».
Selon M. Bedoui, ces chiffres « reflètent l’ampleur du drame et sa dangerosité » et poussent à « répondre à de nombreux questionnements pour expliquer la situation et analyser les mécanismes et facteurs de progression de ce phénomène ».
À cette occasion, le Ministre a salué les énormes efforts déployés par les forces maritimes, les gardes côtes et l’ensemble des corps de sécurité pour «la protection et le sauvetage des jeunes ainsi que tout le travail fourni pour lutter contre ceux qui sont derrière les voyages de la mort, le Ministre a appelé ces mêmes services à davantage de sacrifices pour mettre en échec les plans des criminels dont la seule quête est l’argent au détriment de la vie des jeunes fourvoyés.

334 personnes poursuivies en justice

Pour ce qui est des mesures prises pour endiguer ce phénomène, la justice a été actionnée où 334 personnes, entre candidats et passeurs ont été poursuivis et 24 condamnations à la prison ferme ont été prononcées.
«Nous avons donné des instructions fermes aux services de sécurité d’intensifier les enquêtes et de focaliser les efforts sur le démantèlement des réseaux de trafic et la lutte contre les passeurs, en donnant la priorité à ces actions dans leurs plans opérationnels», a indiqué M. Bedoui.
Le Ministre a affirmé que les efforts seront consentis à l’avenir pour mettre en échec les tentatives des réseaux encore en activité.
Il a affirmé dans ce cadre que les investigations des services compétents montrent que parmi les facteurs de la montée de ce phénomène, l’existence d’individus qui organisent minutieusement ces voyages en effaçant toutes traces de leurs actes criminels.
Le Ministre a regretté le fait que les passeurs, dépourvus d’humanisme, poussent vers la mort des jeunes innocents. Ces derniers sont inconscients du danger à bord d’embarcations hasardeuses et un matériel non conformes aux normes de sécurité, a-t-il indiqué. Pour faire face à ces réseaux souvent organisés, le Ministre a appelé tous les corps de sécurité à consentir davantage de sacrifices et d’efforts afin de mettre en échec les plans ourdis ici et là, pour faire miroiter aux jeunes ce rêve illusoire et fatal, dont les héros sont des criminels en quête de profit au détriment de la vie de nos jeunes fourvoyés. « Leurs méfaits ne resteront pas sans sanctions et que la justice ne les toléra jamais », a-t-il promis.
La harga rendue plus complexe par les réseaux sociaux et les médias
Le Ministre qui a fait savoir que le phénomène de l’immigration clandestine a connu ces dernières années une évolution constante, a évoqué le rôle amplificateur des réseaux sociaux, et son traitement «inconvenant» par les médias.
«Cette situation plus complexe, c’est sa large exploitation par les réseaux sociaux et son traitement inconvenant» par les médias dans certains cas, au point où ce sujet est devenu synonyme «de démoralisation et d’incitation à l’acte, ce qui n’a pas manqué de nuire à l’image de notre pays à l’étranger», a-t-il déploré.
Dès l’apparition des premiers cas de harga dans les années 2000, les pouvoirs publics se sont attelés à travers une batterie de mesures, à faire face à ce phénomène en vue de la contenir, car il s’agit d’une question de protection et de sécurité de nos concitoyens, qui constitue la priorité des priorités et à laquelle tous les moyens possibles et nécessaires ont été consacrés. Le Ministère de l’Intérieur a affirmé à travers un document présenté au cours de ce forum sur la harga, que les efforts consentis par tous les intervenants concernés, dans un cadre de coordination permanente tant sur le plan central qu’au niveau local, ont permis d’assurer une meilleure connaissance de l’évolution de ce phénomène et des procédés adoptés dans l’organisation des traversées suicidaires, comme en témoignent les résultats opérationnels des services de sécurité en matière du nombre de tentatives avortées et de réseaux démantelés et des vies humaines sauvées», a-t-on estimé.
Dans ce sillage, le ministère a indiqué que les efforts des pouvoirs publics, nécessitant valorisation et soutien, rencontrent de nombreuses difficultés, rendant contraignante la réalisation des objectifs tracés pour le traitement de ce phénomène, en l’occurrence l’étendue sur plus de 1.200 Km de notre bande côtière au relief difficile, nécessitant la mobilisation d’énormes moyens pour sa couverture, ainsi que le rôle négatif joué par certaines parties qui adoptent une position de spectateur, et qui par moment, poussent nos jeunes, volontairement ou involontairement, vers cette aventure aux conséquences désastreuses».
Ce département ministériel s’est dit convaincu qu’un «véritable succès» dans la lutte contre ce phénomène ne sera possible qu’«à travers la conjugaison des efforts» de tous les acteurs et la participation de toutes les parties, dont la société civile.
Alger: Samir Hamiche