vendredi , 14 août 2020
<span style='text-decoration: underline;'>Le syndicat met sa menace à exécution</span>:<br><span style='color:red;'>A quoi joue le CNAPESTE?</span>
© D.R

Le syndicat met sa menace à exécution:
A quoi joue le CNAPESTE?

Cette énième grève, déclarée d’ailleurs, illégale par la Justice, assombrit considérablement le climat social et provoque une rupture nette avec les parents d’élèves. Ces derniers ne comprendront jamais que des dizaines de milliers prennent leurs enfants en otage pour une histoire de promotion automatique.

Le CNAPESTE, ce puissant syndicat de l’Education nationale, a mis sa menace à exécution. La grève illimitée à laquelle il avait appelé, a effectivement débuté hier, avec un taux de participation appréciable dans le cycle secondaire. D’une wilaya à une autre, la paralysie a touché entre 70 et 80% des lycées. La grève a, cependant, été assez peu suivie dans les cycles moyen et primaire où le taux de suivi a à peine égalé les 50% pour les premiers et près de 15% pour le second. Les responsables syndicaux qui appuient leur mot d’ordre de grève par l’échec des négociations entamées avant-hier, maintiennent leur revendications vieilles, disent-ils, de plusieurs années et qui sont en rapport avec la promotion des enseignants qu’ils voudraient automatiques, en sus d’un acte en solidarité à l’endroit de leurs collègues suspendus par la tutelle dans la wilaya de Blida. L’autre facteur de solidarité, est dirigé vers les enseignants de Bejaia qui ont vu leurs salaires amputés après une grève de plusieurs semaines. Pour les enseignants de Blida, comme pour ceux de Bejaia, le motif de la grève ne relève pas de la pédagogie, ni de questions socioprofessionnelles. Un simple conflit presque personnel entre des administratifs et des enseignants est à l’origine du pourrissement du climat dans ces deux wilayas.
Le CNAPESTE qui en était hier, à son premier jour de débrayage, a fait une démonstration de sa force de frappe et mis le ministère de l’Education nationale devant un état de fait compliqué, en ce sens que quoi qu’il fasse, le risque d’une année blanche n’est pas écarté et plus encore, c’est le spectre d’une scolarité perturbée pour des millions d’élèves et notamment pour les classes d’examens qui vivront un stress très dommageable pour leur parcours d’ici au baccalauréat.
Ce syndicat, dont le radicalisme et, il faut bien le souligner, l’absence de tout esprit de responsabilité qui le caractérise, semble décider à faire replonger l’école algérienne dans les affres d’une nouvelle crise dont elle est censée faire l’économie, pour l’intérêt des élèves et de la nation. Les approches corporatistes et tout à fait étroites qui ne tiennent pas compte de la politique gouvernementale en matière d’amélioration du niveau des élèves et des enseignants, constituent les principaux freins à l’épanouissement de l’école algérienne et la maintiennent dans une sorte de sas où seuls les incompétents trouvent leurs compte. Il faut croire que le CNAPESTE recrute ses syndicalistes dans cette catégorie d’enseignants et bloque, de fait, tout effort de développement de l’école algérienne.
Cela au plan formel. Pour le reste, cette énième grève, déclarée d’ailleurs, illégale par la Justice, assombrit considérablement le climat social et provoque une rupture nette avec les parents d’élèves. Ces derniers ne comprendront jamais que des dizaines de milliers prennent leurs enfants en otage pour une histoire de promotion automatique ou pas. Autant les grands mouvements de l’éducation du début des années 2.000 avaient bénéficié du soutien des Algériens en raison des revendications jugées légitimes, puisque le niveau de rémunération était trop insuffisant, autant le débrayage d’hier ne suscite aucune sympathie dans de larges couches de la population.
En fait, la grève du CNAPESTE est impopulaire dans l’opinion publique nationale qui ne lui trouve aucune justification recevable. Les enseignants qui ont débrayé, ne l’ont pas fait dans l’intérêt de la profession ou du système éducatif, mais pour des raisons étroitement subjectives et pécuniaires qui ne concernent que quelques milliers d’entre eux. Pour l’heure, les parents d’élèves encaissent le coup et attendent la suite des événements. Lesquels n’ont aucune chance d’être porteurs de bonnes nouvelles à court terme, du moins. L’échec du dialogue engagé par le ministère, préfigure d’un enlisement de la situation, voire d’un pourrissement du climat social au sein de l’Education nationale, eu égard au discours radical du CNAPESTE.

Alger: Smaïl Daoudi

Benghabrit répond au CNAPESTE

«Toute la société a droit à la vérité et nous allons la dévoiler prochainement»

La ministre de l’Education nationale Nouria Benghabrit, a indiqué mardi depuis Ghardaia, que son département a déployé des efforts considérables pour résoudre les problèmes et autres doléances des syndicats du secteur de l’Education.

S’exprimant en marge de la conférence nationale portant sur les alternatives pédagogiques et didactiques pour la compréhension de l’écrit, Mme Benghabrit a expliqué que cette «forme de protestation» (grève illimitée) décidée par le CNAPESTE et déboutée par la justice, «n’existe pas dans le glossaire du monde du travail et du syndicalisme».
«Nous étions et nous sommes totalement disponibles à répondre aux doléances réglementaires des travailleurs et syndicats de l’Education et les portes du dialogue civilisé sont toujours ouvertes» a-t-elle souligné, précisant avoir demandé aux responsables du CNAPESTE de suspendre la grève illimitée avant d’entamer un dialogue serein. «Nous sommes prêts à répondre à toutes les doléances réglementaires».
«Toute la société algérienne a droit à la vérité et nous allons la dévoiler prochainement» a-t-elle indiqué, avant de préciser que le CNAPESTE reste le seul syndicat à ne pas ratifier la charte de l’éthique du secteur de l’Education.
Mme Benghabrit a révélé que des parents d’élèves ont déposé plainte contre cette grève illimitée jugée illégale. Elle a tenu également à rassurer les élèves que des dispositions ont été prises aussi bien à Blida qu’à Bejaia, pour finaliser le programme scolaire des classes en grève.

Benghebrit insiste sur l’école de qualité

«L’école de qualité demeure une priorité et un choix essentiel pour le pays», a déclaré hier à Ghardaia la ministre de l’Education nationale lors de la conférence nationale sur les alternatives pédagogiques et didactiques pour la compréhension de l’écrit, Mme Benghabrit a affirmé que «la problématique de la qualité de l’école, à laquelle nous aspirons, passe inéluctablement par une amélioration de l’acte pédagogique des enseignants et une formation de haut niveau». Sur ce sujet, la ministre a indiqué que les enseignants ont besoin d’être accompagnés pour s’acquitter de leur noble mission par l’acquisition de nouvelles professionnalités.
Par ailleurs, la ministre a fait un constat non satisfaisant sur la qualité des évaluations des élèves. Selon elle, il a été révélé des «compétences insuffisantes» et ce, comparativement à leurs camarades dans le monde, notamment dans la compréhension de l’écrit. «L’absence de la maitrise de la compréhension de l’écrit, a un impact dangereux sur le devenir des nations dans un monde de plus en plus digitalisé», précise la ministre.
Mme Benghabrit a appelé à fédérer les efforts pour accompagner les élèves vers la maitrise des compétences du XXIème siècle.
Selon elle, la mise en place d’un système éducatif efficace, passe par les trois instruments de travail présentés durant cette conférence, à savoir le référentiel général sur les compétences liées à la compréhension de l’écrit, un lexique avec des concepts opératoires précis et un chronogramme sur la mise en œuvre de ce dispositif qui constitue une feuille de route de cette conférence.
À noter, que les travaux de la conférence nationale thématique sur les alternatives pédagogiques et didactiques, enregistrent la participation de quelque 400 experts, chercheurs et cadres actifs dans des projets et des programmes de l’Education. Cette conférence sert de cadre aux participants pour un partage d’idée et d’expériences et surtout l’exploration de moyens adéquats pour élaborer une stratégie pour la maitrise de la compréhension de l’écrit.

Noreddine Oumessaoud