mardi , 11 août 2020

Aïd El Adha 2020: Dans l’inquiétude et la morosité…

L’Aïd El Adha sera célébré demain dans une ambiance jamais connue, marquée par un mélange de dévotion, de crainte et de tristesse face aux légitimes restrictions imposées par la lutte contre l’épidémie du Covid-19. «Je ne pensais jamais pouvoir vivre la fête du sacrifice sans la grande prière collective effectuée dans la mosquée…» se lamentait, la larme à l’œil, un vieux retraité octogénaire déjà bien perturbé par le strict confinement qui lui est, à juste titre, imposé. Mais même si la propagation du Covid-19 s’est nettement accélérée ces derniers jours, on a pu constater qu’elle n’a en aucun cas empêché une majorité de citoyens, à Oran comme ailleurs, de se préparer à accomplir le rituel sacré. Il est vrai que contrairement aux années précédentes, les habitants des quartiers et des grandes cités d’habitat ont eu un peu de mal à trouver des points de vente de proximité. Mais le bouche à oreille a bien fonctionné, faisant connaître aux uns et aux autres les endroits parfois très discrets où des moutons sont mis en vente. Quelques rares points de vente anarchiques et interdits ont été ici et là observés, comme à Aïn El Beïda près du cimetière, à Aïn El Turck, El Hassi ou Misserghine. Occupant chaque année le créneau de «l’engraissement» pour la vente du bélier de l’Aïd, des «éleveurs» disposant d’un hangar, d’une grande cour ou même d’un garage situé sur le tissu urbain, ont pu écouler leur cheptel sans grande difficulté, parfois à des prix hors de portée des bourses et des revenus modestes. Certains ont même eu recours aux réseaux sociaux pour proposer leur marchandise, incluant les prestations de livraison et de «gardiennage» jusqu’à la veille, voire la matinée du jour de l’Aïd. Une pratique commerciale paradoxalement favorisée par la menace de contamination du coronavirus en constante progression. Dans certains quartiers, les sacs de charbon, bottes de paille et tous les articles liés au sacrifice du mouton, couteaux, ustensiles pour le Melfouf et barbecues, sont exposés à la vente, sur le trottoir, à tous les coins de rues. La vente dite illicite de fruits et légumes et des produits alimentaires divers n’a quant à elle, jamais régressé aux abords de certains marchés couverts tristement abandonnés… Au final, l’Aïd El Adha 2020 semble encore s’inscrire cette année dans le même décor et une ambiance de morosité plus prononcée, nourrie par les vicissitudes d’un quotidien, pour beaucoup, bien dur et bien menacé. Aid moubarek.
Par S.Benali