mardi , 9 mars 2021

APC : Le culte de la grève et des… agitations

Encore une fois, et malgré la conjoncture difficile générée par l’épidémie du Covid-19, les travailleurs des services de nettoiement de la ville d’Oran ont lancé la semaine dernière, un mouvement de grève, accompagné d’un sit-in de protestation devant le siège de la wilaya d’Oran, pour revendiquer le paiement immédiat de plusieurs primes, dont la prime spéciale «Corona» de 5.000 DA par mois, la prime de l’Aïd El Adha (5.000 DA) et la prime de rendement qui venait d’ailleurs tout juste d’être virée aux agents concernés. Ce débrayage des employés communaux chargés du nettoiement intervient au moment où les concessionnaires privés chargés de la collecte des ordures ménagères ont décidé d’arrêter leurs prestations pour exiger de l’APC le paiement des factures impayées. Fatalement, très rapidement, les tas de sacs de déchets non ramassés allaient apparaître ici et là à travers certains quartiers, menaçant évidemment l’hygiène publique et polluant le cadre urbain. Et comme toujours, les grévistes de la Mairie tentent de justifier leur action en puisant les mêmes arguments liés à leurs pénibles conditions de travail. « On risque nos vies et notre santé, sans aucune contrepartie. On supporte l’ingratitude et parfois même les insultes des citoyens », déclare un représentant des employés visiblement bien rodé aux discours de dénonciation et d’accusation des responsables locaux, tenus pour seuls responsables de tous les maux et les fléaux qui gangrènent ce terrain de gestion, d’entretien et de maintenance du cadre de vie collective. «On nous prive même de la prime du corona que nous a été octroyée par le président de la République», s’indigne au autre employé qui affirme travailler «sans moyens de protection… on achète nous-mêmes les bavettes, on n’a pas de gel hydro-alcoolique, ni de gants, ni même de chaussures et de combinaison…». Des déclarations plutôt graves et surprenantes pour les observateurs qui suivent de près les récentes actions lancées par la wilaya d’Oran en matière de distribution de bavettes aux citoyens à travers les quartiers et les cités. En réalité, c’est surtout le paiement tardif des primes, permettant il est vrai d’améliorer le faible pouvoir d’achat des concernés, qui est au cœur des colères récurrentes et des revendications. Mais peut-on croire pour autant que c’est les élus municipaux qui seraient seuls responsables de ces situations. En réalité, tout a été déjà dit et écrit sur les tares et les dysfonctionnements qui depuis cinquante ans, pénalisent la bonne marche des services municipaux. Les déficits budgétaires des grandes communes comme Oran, la lourdeur de l’appareil bureaucratique, les surcharges de personnel dues aux recrutements massifs et anarchiques durant les précédents mandats, l’irresponsabilité et le laxisme ambiant, les complots et règlements de compte entre différents clans, la convoitise et la prédation, et bien d’autres dérives moins visibles à l’œil des profanes, ne sauraient être éradiquées par la seule volonté d’une équipe d’élus aussi intègres et compétents soient-ils. Ici, bien plus qu’ailleurs, seules les mesures d’assainissement, de restructuration, de totale décentralisation, et surtout de changement radical des mentalités et des comportements permettront d’espérer un début d’amélioration de la situation…

Par S.Benali