mardi , 30 novembre 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Entretien avec le Pr Boubekeur Mohamed, sénateur, chef de service à l’EHU Oran</span>:<br><span style='color:red;'>«Avec le «Big Day» on va accélérer le taux de vaccination» (2ème partie)</span>
© OT / Adda

Entretien avec le Pr Boubekeur Mohamed, sénateur, chef de service à l’EHU Oran:
«Avec le «Big Day» on va accélérer le taux de vaccination» (2ème partie)

La pandémie, la vaccination, le « Big Day », les hôpitaux, la rentrée sociale et la contractualisation, ont été les principaux chapitres débattus avec le Pr Boubekeur Mohamed lors de cet entretien exclusif accordé à Ouest Tribune. Sans ménagements, de nombreuses défaillances sont mises à nu. Ecoutons-le :

Ouest Tribune : l’opération « Big Day » est lancée à travers le territoire national, quels sont ses objectifs ?

Pr Boubekeur Mohamed : Le ministre a appelé ça, le « Big Day », c’est-à-dire qu’il y a plus de 6900 points de vaccination instaurés à travers le territoire national, ce qui est extraordinaire. La semaine du « Big Day » va se répéter jusqu’à la fin de l’année. Tout le monde y participe, aussi bien les corps constitués que les pharmaciens, les médecins, les cliniques privées, parce que nous devons absolument arriver à vacciner au moins 70% de la population. Aujourd’hui nous avons réussi à vacciner près de 05 millions de citoyens avec une dose, 03 millions ont reçu deux doses complètes. En plus, il y a des camions ambulants qui vont dans les régions éloignées pour vacciner la population. Donc la vaccination avance d’un pas extraordinaire. Le 05 de ce mois, on a reçu 02 millions de doses et le 09 en cours, on reçoit 03 millions de doses. Ceci dit, je pense qu’avec le « Big Day », on va accélérer le taux de vaccination alors qu‘on était autour de 250.000 vaccinés jour, et arriver à vacciner cette semaine au moins 05 millions de personnes. Cela va permettre d’avoir une 4ème vague plus souple. On dit qu’on pense qu’elle sera moins violente, mais il ne faut oublier que les plages sont rouvertes à la baignade, il y a le transport, les attroupements, les marchés, la rentrée sociale, la réouverture des établissements éducatifs. En prévision de cette rentrée sociale, un protocole sanitaire a été décidé pour les universités et les établissements scolaires, il faut que tout le monde se fasse vacciner soit immédiatement ou bien à la rentrée. La priorité est accordée à l’enseignant. Le protocole consiste à faire respecter les mesures de distanciation, un élève par table, le port du masque. Mais est-ce que tout ceci sera réellement respecté ?
On ne sait pas. Les conditions dans les écoles sont parfois lamentables, manque d’eau, sanitaires défaillants. Et là l’on compte beaucoup sur la discipline citoyenne pour appliquer les mesures barrières, car on constate encore malheureusement des comportements négligents. Toutefois, des efforts sont faits et les résultats ne peuvent être qu’encourageants, à l’exemple de la wilaya d’Oran, classée première à l’échelle nationale, en terme du nombre de vaccinés.

Ouest Tribune : Abordons maintenant le chapitre des hôpitaux, dont celui des grands brûlés, que vous ne cessiez de soulever; qu’est ce qui cloche dans ce dossier ?

Pr Boubekeur Mohamed : Je tiens à dire et déplore à cet effet que les hôpitaux ne soient pas convenablement réceptionnés, il y a beaucoup de réserves. Il est impératif que les gestionnaires s’impliquent pour pouvoir réceptionner correctement les infrastructures hospitalières et veiller surtout au respect des délais. A ce titre, je tiens à signaler le cas de deux hôpitaux, d’abord celui de Gdyel qui n’a toujours pas été réceptionné, il y a très peu d’équipements. C’est grâce aux dons des citoyens, qu’on est aujourd’hui entrain de l’équiper en ce qui concerne la literie, l’oxygène, etc. Théoriquement, il y a un plan de charge pour un hôpital, il doit être livré clé en mains dans un délai précis et arrêter avec les avenants, car ça devient de plus en plus cher. Et là, je tiens à préciser que tout cela doit être géré par des gens compétents sur le terrain. L’hôpital d’El Kerma de 60 lits seulement a été difficilement ouvert, celui de Tlélat, 120 lits, n’est toujours pas ouvert. Quant à l’Institut du Cancer, alors là, on est vraiment très loin. Tout ça, ce sont des projets qui ont été lancés il y a bien longtemps mais qui accusent des retards énormes qui occasionnent des avenants qui gonflent démesurément la facture. Je dis et je répète qu’il faut insister sur une politique de santé qui soit rigoureusement menée au niveau étatique mais aussi au niveau des gestionnaires qui ne suivent pas convenablement les projets. La responsabilité incombe aux Directions de la Santé. Certes, elles ont eu des blocages avec la pandémie, mais pas le fait de faire avancer les projets. Un hôpital qui devait coûter un million de dollar va revenir à deux millions de dollars. C’est insensé. Normalement quand on ouvre un hôpital, comme un CAC (centre anti cancéreux), et là je cite le cas de Bel Abbés, qui ne fait que de la radiothérapie ; cela fait deux ans qu’il est ouvert, les services ne travaillent pas, ni la chirurgie, ni rien du tout. Je cite aussi le cas de Bechar, il n’y a pas d’équipes de chirurgiens. Il n’y a aucune rentabilité. j’y étais avec le ministre de la Santé, on a signé des conventions avec l’EHU et l’hôpital de Kerzaz, mais il y a un manque de personnels. On construit un hôpital qui ne démarre pas, est-ce logique ? Et là, on revient à la question de l’intéressement. Certes, le ministre de la Santé révise le statut des professionnels de la santé, les salaires, la carrière universitaire et ce, à tous les niveaux. Sur ce point là, nous sommes en accord, bien que la mesure soit tardive, mais elle est tout de même salutaire grâce à la décision du président de la République. Cela va permettre un assouplissement et un intéressement. Si les statuts sont satisfaisants, il pourrait ainsi y avoir une répartition géographique équitable des spécialistes et à ce moment là il n’y aura plus de zones d’ombre. Aussi, en dehors de l’intéressement salarial et de carrière, il faudra un statut social afin qu’ils puissent avoir une garantie pour un logement convenable, un terrain à bâtir, des avantages et ce, que ce soit pour le secteur public ou privé. On en parle depuis des années et des années et c’est pour cela qu’il y a un désert médical et une fuite des cerveaux vers l’étranger où des avantages et un cadre de vie décent leur sont octroyés au lendemain de leur arrivée alors que l’Algérie forme et finance pendant 12 ans la formation d’un spécialiste. D’autre part, existe un grand hôpital de 140 lits pour les grands brûlés à Oran. Trois ou quatre ministres sont déjà venus visiter cet hôpital avec le président de l’APW que j’étais, alors que la dernière visite a été faite par le ministre de la Santé, Mr Benbouzid, avec les sénateurs que nous sommes. Lors de cette dernière visite, des réserves aveint été émises, à savoir qu’il n’était pas nécessaire de construire un hôpital de cette capacité de 140 lits, parce qu’un seul lit, représentait en lui-même un hôpital. C’est un investissement lourd. L’hôpital de Lyon en France, n’est doté que de 30 lits. Pour celui d’Oran, 40 lits auraient été largement suffisants. Le reste de l’infrastructure aurait servi à créer des services de chirurgie plastique, de grands brûlés, de chirurgie réparatrice des séquelles, etc. En fait, quand cet hôpital n’a pas été suivi, il y a eu des malfaçons. Ces malfaçons, on peut aujourd’hui les corriger, nous avons des matériels pour faire des séparations. Pendant ce temps, les grands brûlés qui sont gérés par le CHU, ils sont abrités à l’EHU, parce que le pavillon « 1 » qui était consacré pour les brûlés, un des directeurs l’avait détruit pour construire en son lieu et place autre chose. Maintenant, la question qui se pose est : pourquoi retarder l’ouverture de cet hôpital ?
La réponse réside tout bonnement dans la défaillance des directeurs de la Santé Publique ( DSP). Ils n’ont pas les compétences requises. Ils veulent l’ouvrir pour mettre dedans les cas Covid, un gâchis ! Heureusement que ça n’a pas été fait, parce que j’avais mobilisé tout le monde mais pendant ce temps, les brûlés sont entrain de souffrir. On n’a plus le droit de parler des grands brûlés, ceux qui viennent, meurent ! Maintenant, il faut remédier à la situation au plus vite possible, d’autant plus qu’il a été récemment visité par le ministre de la Santé.
L’hôpital existe, le personnel médical et paramédical existe, les produits existent. Est-ce raisonnable que pour quelques malfaçons ou quelques rajouts à effectuer, l’infrastructure demeure fermée !! Je propose que l’on puisse le rouvrir par étapes, soit 40 lits pour les grands brûlés, ensuite ouvrir le service pour les séquelles et qu’on profite ainsi de cet hôpital destiné à toute la région ouest de l’Algérie. Sinon, combien de temps va-t-on le laisser encore fermé?

Ouest Tribune : Il sera question dans le dernier chapitre, de la thématique de la contractualisation des hôpitaux que nous aborderons dans notre prochaine édition. Une petite conclusion à l’adresse de nos lecteurs :

Pr Boubekeur Mohamed : Je dirai que face à toutes ces difficultés qui sont liées à l’approvisionnement de l’oxygène, il y a eu une réaction médicale et une réaction citoyenne qui ont permis de lutter contre cette 3ème vague de la pandémie. Le nombre de morts est similaire à celui des pays qui ont vécu cette pandémie, nous n’avons pas plus de morts que les autres. Je félicite les équipes des médecins et des personnels soignants et les citoyens algériens qui ont réagi avec nationalisme et su se fédérer autour de cette situation.
Toutefois, la vigilance reste de mise et le respect des gestes barrières et la vaccination demeurent les meilleurs moyens de se protéger et protéger les autres. L’Etat déploie des efforts gigantesques pour assurer la santé du citoyen. La gestion de la pandémie ne doit faire preuve d’aucune défaillance de la part des gestionnaires à la tête des unités.

Karim.B

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