samedi , 17 avril 2021
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Libye:
Boukadoum pointe «les initiatives contradictoires» qui alimentent le conflit

Les agissements à contre-courant d’une solution politique en Libye menés par certaines parties ont été décriés par l’Algérie à travers la voix de son ministre des Affaires étrangères.

Intervenant lundi dernier lors d’une visioconférence ministérielle sur la Libye qui s’est tenue à l’initiative de l’Allemagne et de l’ONU, Sabri Boukadoum a pointé les «initiatives contradictoires» pour le règlement de la crise dans ce pays qui «alimentent le conflit plutôt que de le résoudre».
Rappelant l’attachement de l’Algérie aux points adoptés à la Conférence de Berlin, M. Boukadoum a insisté sur la nécessité d’engager tous les belligérants dans un processus inclusif de dialogue pour mettre en place une solution politique au conflit.
«Il est cependant évident que nous ne pouvons pas soutenir un conflit persistant, avec de multiples initiatives contradictoires qui alimentent le conflit plutôt que de le résoudre et qui ne s’inscrivent pas dans le cadre du processus de Berlin et des principes convenus à la Conférence de Berlin», a-t-il dit.
Depuis la conférence de Berlin, poursuit-il, l’Algérie s’était « fermement engagée à soutenir le processus en mettant de côté ses propres efforts qui étaient recherchés et réclamés par tous les Libyens», en déclarant qu’elle «restera engagée à faire de son mieux pour une solution constructive à travers le processus de Berlin, soutenu par le Conseil de sécurité, et pour un dialogue politique inclusif et une appropriation» par les libyens du processus du règlement de la crise.
Le MAE a appelé le Conseil de sécurité à faire respecter l’embargo sur les armes, tout en soulignant que l’Algérie et aussi les pays du voisinage ne pouvaient assumer « une crise persistante».
À l’adresse des acteurs libyens, le ministre a rappelé que la solution réside dans la tenue d’un scrutin en mettant fin au conflit armé. «Les Libyens doivent résoudre leurs problèmes par le biais des bulletins de vote et non par des balles», a-t-il insisté.
Il est à signaler que la visioconférence à laquelle a pris part M. Boukadoum a regroupé les pays ayant participé à la Conférence de Berlin sur la Libye, dont l’Algérie. Elle a pour objectif de renouveler l’engagement en faveur d’une solution globale qui permettrait le retour à la paix dans ce pays en proie à des troubles depuis 2011.
La visioconférence se tient en marge de la 75e session de l’Assemblée générale des Nations Unies sous la conduite du ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

La position de l’Algérie en faveur d’une solution politique réitérée

Par ailleurs, le chef de la diplomatie algérienne a réitéré au cours de la même visioconférence la position catégorique de l’Algérie en faveur d’une solution politique en Libye qui exclut le recours aux armes et aux mercenaires.
Il a ajouté que l’Algérie «préconise depuis toujours une solution par des moyens politiques (…) la solution politique veut dire non recours aux armes, non recours aux mercenaires», a déclaré le ministre à la presse peu avant le début des travaux de la visioconférence ministérielle sur la Libye.
Dans ce cadre, M. Boukadoum Le chef de la diplomatie algérienne a relevé que l’Algérie est « l’un des rares pays qui n’envoient ni armes, ni soldats en Libye». Bien au contraire, elle « préfère envoyer ses ingénieurs et ses techniciens pour réparer les dégâts créés par les autres à Tripoli».
«C’est le visage de l’Algérie tel qu’il est apprécié par les Libyens», a-t-il dit, soulignant que la position de l’Algérie est appréciée aussi bien par l’Est et Tripoli que par tous les Libyens dans leur diversité. M. Boukadoum a précisé que l’Algérie a mis de côté son initiative pour rester dans le cadre de la conférence de Berlin, regrettant “que depuis ce sommet il n”y a pas eu beaucoup d’évolution en Libye».
Selon le ministre, la réunion de lundi dernier a pour objectif de « trouver des solutions aux manquements de tout le monde, aux grands problèmes que vivent les Libyens en raison de l’intervention étrangère qu’elle soit militaire ou autre», ajoutant que « les Libyens sollicitent l’Algérie pour les aider” contre cette intervention.
«Tant qu’il y aura une intervention étrangère calculée, il n’y aura pas une solution», a-t-il prévenu. La visioconférence ministérielle sur la Libye qui se tient en marge de la 75e session de l’AG de l’ONU, à l’initiative de l’ONU et de l’Allemagne, a vu la participation de l’ensemble des pays ayant pris part à la conférence de Berlin 1, dont l’Algérie. La réunion, comme l’a confirmé Günter Sautter, ambassadeur adjoint de l’Allemagne à l’ONU, vient à un «moment crucial», alors que «des développements encourageants en Libye» ont été constatés récemment.
Il convient de rappeler que la Conférence de Berlin qui s’est tenue avec la participation de 12 pays, dont l’Algérie, et de 4 organisations internationales et régionales – a abouti à une déclaration finale à travers laquelle un appel a été lancé pour renforcer la trêve en Libye et travailler de manière constructive dans le cadre de la Commission militaire mixte (5 + 5), pour parvenir à un cessez-le-feu dans le pays. Les parties se sont engagées, en outre, à la cessation des attaques contre les installations pétrolières, la formation de forces militaires libyennes unifiées et l’interdiction de fournir des armes à la Libye.

L’ONU appelée à accélérer la nomination d’un envoyé spécial

Lors de son intervention au cours de la même visioconférence, M. Boukadoum a par ailleurs appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à «hâter» la nomination d’un envoyé spécial pour la Libye et l’a exhorté à veiller sur le respect de sa décision sur l’embargo sur les armes.
«J’appelle le Conseil de sécurité à veiller à ce que sa propre décision liée à l’embargo sur les armes, tel qu’énoncé dans les conclusions de Berlin, soit pleinement respectée. Soutenir le processus dirigé par l’ONU signifie, au préalable, respecter l’embargo sur les armes et ne pas envoyer de mercenaires (en Libye)», a-t-il déclaré.
Pour le MAE, la responsabilité du Conseil de sécurité consiste également à hâter la nomination d’un envoyé spécial en Libye. «Nous avons maintenant besoin d’une action du Conseil et des membres de Berlin et nous avons besoin de résultats rapidement. L’Algérie et le long des pays voisins de la Libye, ne peuvent pas se permettre une crise persistante», a-t-il encore souligné avant d’ajouter :»Nous devons le succès et la paix au peuple libyen. Nous devons relancer le processus politique. C’est notre responsabilité. L’Algérie entend y adhérer pleinement».
M. Boukadoum a affirmé dans ce sillage que la solution à la crise libyenne doit émaner des Libyens eux-mêmes, le chef de la diplomatie a insisté que cette solution «doit préserver la sécurité, l’unité et la souveraineté de la Libye». Il a salué «vivement» le cessez-le-feu en Libye, insistant sur l’impératif de le respecter.
«A cet égard, nous avons vivement salué le cessez-le-feu et nous continuons d’appeler et d’agir pour son respect. Nous demandons en même temps la reprise rapide du dialogue politique inclusif», a-t-il poursuivi. A cet effet, «nous appelons tous les frères libyens à s’engager dans ce dialogue. Faire la paix entre tous les Libyens n’est pas un objectif impossible. Il est grand temps de démontrer que l’intérêt suprême de la Libye prévaut sur toute autre considération», a encore dit M. Boukadoum en réitérant le «soutien ferme» de l’Algérie à la Libye, «un pays frère voisin».
Par ailleurs, la réouverture partielle des installations pétrolières et la reprise des exportations en tant que première étape pour apporter une aide à la population et à ses besoins essentiels en temps de pandémie du Covid-19, saluées par M. Boukadoum.
À ce propos, le chef de la diplomatie algérienne a fait savoir qu’en guise de soutien technique, «l’Algérie a envoyé une équipe d’ingénieurs pour remédier à la pénurie d’électricité à Tripoli causée par des pannes répétées dans la centrale électrique principale près de Tripoli».
Samir Hamiche