dimanche , 29 novembre 2020

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Déficit de compétences et d’intelligence en matière de communication

Les tables dans les classes datent de la période de colonisation. Ce constat, avancé par une institutrice voulant dénoncer, entre autres carences, l’état de vétusté du mobilier décrépi, noirci, usé par le temps, et qui n’a pas été remplacé depuis des lustres par de nouvelles tables, comme celles que l’on peut en effet apercevoir ailleurs dans d’autres établissements,  a été très mal perçu par le Wali d’Oran qui n’a pas caché son mécontentement, voire sa colère, allant jusqu’à écourter sa visite et partir, tournant le dos à l’enseignante qui exprimait ses doléances pour améliorer l’état des lieux et les conditions désastreuses de fonctionnement de cet établissement. Très vite, les vidéos sur “l’incident” ont inondé la toile et soulevé un tollé de protestations, de condamnations contre un Wali jugé “arrogant et méprisant envers l’enseignante et tout le corps enseignant”. Ce qui a entrainé l’intervention du Premier Ministre et du Ministre de l’Intérieur déclarant “rejeter toute forme de mépris d’un responsable envers un membre de la famille des enseignants”. Après avoir très rapidement livré de nouvelles tables à l’établissement, et reçu dans son bureau l’enseignante pour plus d’explications, “l’incident” sera sans doute bientôt oublié, classé lui aussi au registre des “couacs” et des dysfonctionnements de la Communication institutionnelle très mal comprise et assumée… A travers un communiqué, le Wali d’Oran a tenté d’expliquer que le “représentant de l’Etat dans la Wilaya d’Oran ne pouvait pas accepter de “cautionner” une affirmation “laissant croire que l’Etat algérien n’a rien fait depuis l’indépendance pour améliorer la situation de l’enseignement scolaire”. Il serait évidemment faux et injuste de nier ou de dénigrer tous les efforts déployés par l’État depuis l’indépendance dans le secteur de l’Education nationale”. Mais au lieu de se montrer courtois et pédagogue envers cette enseignante, et de lui dire surtout ce qu’il comptait faire pour remédier à l’état des lieux de l’établissement, le Wali a préféré quitter les lieux, sans se soucier de l’impact de son attitude sur l’opinion publique et les réseau sociaux. Une attitude qui reflète bien cet attachement, devenu un réflexe irréductible chez bon nombre de responsables, à vouloir interdire ou exclure toute critique ou remise en cause des actions de l’Etat et du mode de gouvernance d’un secteur économique ou d’une collectivité locale. Si le wali d’Oran avait sur le champ, et face aux caméras, appelé ses services pour livrer les nouvelles tables, il aurait sans doute beaucoup gagné en estime et crédibilité. En réalité, c’est tout le volet de la Communication institutionnelle par l’image, le discours et le comportement, qui semble aujourd’hui grippé et pénalisé par un déficit flagrant de compétences, d’intelligence et de créativité…
Par S.Benali