dimanche , 7 mars 2021

Dérèglement des valeurs et déficit de citoyenneté

Les cas de contamination au Covid-19 en forte augmentation à Oran depuis quelques jours attisent de plus en plus un climat d’angoisse et d’inquiétude partagée. Mais paradoxalement, malgré les appels lancés par les autorités et les services de la santé, les mesures préventives, notamment la distanciation sociale et le port de la bavette dans les lieux publics, commerces et marchés, ne sont pas respectées par bon nombre de citoyens qui se croient encore «non concernés» par l’épidémie. De plus en plus montrées du doigt et dénoncées sur les réseaux sociaux, ces pratiques de déni et d’indifférence affichée face au danger menaçant toute la collectivité semblent surtout ancrées chez certains individus peu versés dans la culture de la citoyenneté et du respect du «vivre ensemble». Un sociologue oranais explique que l’adhésion à une démarche collective, quelque soit son contenu et ses objectifs, ne peut être observée avec succès dans une société fragmentée et déstructurée par des décennies de laxisme et d’anarchie en matière de développement et de promotion des activités sociales, culturelles et sportives. Il suffit, nous dit-il, de «contempler» l’état des lieux en ces domaines pour saisir l’ampleur de la déchéance et de la régression enregistrée. Dans le domaine sportif, par exemple, la capitale de l’Ouest qui était à l’avant-garde dans un grand nombre de disciplines, de la natation à la boxe en passant par le basket et le football, n’offre plus aujourd’hui que de vagues bricolages érigés en modèle de gestion de l’activité sportive associative. Avec un système de gouvernance qui, des décennies durant, a privilégié la médiocrité et la cooptation au détriment de la compétence et des valeurs humaines élémentaires, on ne pouvait espérer une réussite en matière de formation citoyenne et de mobilisation pour le progrès et la modernité. La clochardisation avancée de certains quartiers et grandes cités d’habitat, est aussi le fruit de ce déficit de citoyenneté constaté ici et là sous le ciel oranais. Et même les présumées «élites» politiques locales désignées et autoproclamées, n’ont jamais pu contribuer à l’émancipation sociale et au progrès, tant ce terrain, déserté par les véritables compétences intellectuelles, est squatté par une faune «d’opportunistes» au profil et au parcours douteux qui ne cessent de convoiter et de se disputer les bancs disponibles à la périphérie du pouvoir. Mais c’est là un autre débat.
Par S.Benali