mercredi , 28 octobre 2020
<span style='text-decoration: underline;'>Essais nucléaires au sud algérien</span>:<br><span style='color:red;'>Deux experts accablent la France</span>

Essais nucléaires au sud algérien:
Deux experts accablent la France

Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin notent que si la mise en œuvre de certaines mesures dans le cadre de cette collaboration «nécessitera du temps» à l’image de l’expertise radiologique, étude sanitaire sur le risque transgénérationnel, «d’autres peuvent être engagées sur simple décision politique».

L’Algérie et la France doivent prendre au sérieux les retombées radioactives des essais nucléaires français dans le sud du pays. Cela passe par une collaboration sincère et des deux pays. D’autant que l’objectif de cette collaboration est relatif à la recherche des matières radioactives enfouies dans le sol. Deux chercheurs français ont lancé, à travers une tribune publiée dans le quotidien Le Monde ont mis en évidence cette nécessité, sachant que 17 essais nucléaires laissent forcément des traces mortelles et la décontamination doit absolument se faire. «Plus de cinquante ans après le dernier essai nucléaire français au Sahara, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables. Il est temps de déterrer les déchets provenant des 17 essais réalisés entre 1960 et 1966 par la France au Sahara, pour assurer la sécurité sanitaire des générations actuelles et futures, préserver l’environnement et ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’Algérie et la France», insistent Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin. Les deux experts notent que les essais nucléaires qui ont lieu en Polynésie ont fait l’objet d’une «prise en compte des dégâts environnementaux et sociaux». Ils ont mis en exergue le fait que «travail de réparation a été entrepris». Or, l’Algérie n’a bénéficié d’aucun traitement comparable. Pourtant, la présence sur les sites des essais de matériel contaminé par la radioactivité «volontairement enterré», témoigne d’un véritable crime commis contre les populations de la région et l’environnement.
A ce propos, certains critères de la loi Morin, relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, «doivent être revus, comme cela a été le cas en Polynésie, pour permettre enfin aux populations victimes (ndlr: en Algérie) de déposer un dossier d’indemnisation», préconisent-ils. «Il est temps que la France ouvre ses archives et mette en œuvre, de façon rapide, ces mesures pour sortir du déni ce chapitre sur les essais nucléaires». Et pour cause, en sus des conséquences sur la santé des citoyens de la région, il a été relevé des sables vitrifiés, roches contaminées. Autant de rejets des explosions nucléaires présentes à l’air libre restent. Soulignant que ces essais demeurent un sujet «tabou» en France. Mais il reste que le sujet doit être abordé, en raison des «risques sanitaires importants pour les populations locales, les générations futures, tout comme pour l’environnement», insistent les deux experts. Ils ont réalisé une étude qui dresse un premier inventaire de l’ensemble de ces déchets, radioactifs ou non, abandonnés par la France. S’appuyant sur des témoignages, des visites de terrain et de recueil de documents, dont un rapport classé «confidentiel défense», versé aux archives du ministère français de la Défense, MM. Bouveret et Collin mettent à nu une entreprise affreuse dont la France s’est rendue coupable. Cette vérité a été mise à jour «avec l’adoption à l’ONU, par l’Algérie et 121 autres Etats, le 7 juillet 2017, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), la question des expérimentations nucléaires françaises trouve une raison supplémentaire de sortir du déni», révèlent-ils. En effet, l’entrée en vigueur du TIAN est proche, étant ratifié par 44 Etats sur les 50 minimaux requis, ils soulignent que la France doit fournir à l’Algérie «l’aide technique» et «l’apport d’informations sur les zones où elle a enterré les déchets» et rendre, ainsi, «pleinement possible» la mise en œuvre des différentes obligations du traité.
Les deux experts considèrent que «l’opposition frontale de la France au TIAN ne peut pas être un argument pour conserver encore plus longtemps des données susceptibles de mettre un terme à un problème humanitaire». De plus, cela serait un contresens au processus de +réconciliation entre les peuples français et algérien+, selon les mots du président Emmanuel Macron, font-ils remarquer. «Comment ce travail mémoriel pourrait-il laisser de côté plusieurs dizaines de milliers d’Algériens (…) qui ont participé (ndlr: à leur corps défendant) à cette sombre aventure atomique et qui en subissent encore les effets ?», s’interrogent-ils.
Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin notent que si la mise en œuvre de certaines mesures dans le cadre de cette collaboration «nécessitera du temps» à l’image de l’expertise radiologique, étude sanitaire sur le risque transgénérationnel, «d’autres peuvent être engagées sur simple décision politique».
Ainsi, la ministre française des Armées «peut rapidement transmettre aux autorités algériennes la liste des zones d’enfouissement des déchets», recommandent-ils, relevant que «cette demande est désormais relayée par des députés».
Yahia Bourit