mardi , 19 octobre 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Aïn El Turck</span>:<br><span style='color:red;'>El Qaria ou le village déshérité de la peur</span>

Aïn El Turck:
El Qaria ou le village déshérité de la peur

La descente des forces de la gendarmerie nationale opérée au cours de la semaine dans le cadre d’une enquête, suite à une violente agression au fusil harpon, dans le village Fillaoucène, communément appelé El Qaria, n’a pas en toute vraisemblance suscité la curiosité où l’étonnement de la population. Celle-ci est estimée à environ 7 300 âmes, sans tenir compte des indus occupants du bidonville communément appelé namousse, en référence à un oued asséché traversant ce village.

Ses habitants semblent à priori s’être habitués ou s’être résignés à l’ambiance délétère, qui s’impose dans ce village, situé à la sortie nord-ouest du chef-lieu de la daïra d’’Aïn El Turck, à un vol d’oiseau du cimetière communal Sidi Bouaâmeur et dépendant administrativement de la municipalité de Bousfer. El Qaria s’illustre piteusement avec le taux le plus élevé du chômage de la contrée côtière d’Aïn El Turck, où l’oisiveté s’identifie à travers ces nombreux jeunes et moins jeunes errant sans but précis, qui font désormais partie du piteux décor.
Notons que ce village, qui était au départ à vocation agropastorale, s’étend sur environ 40 hectares et a été inauguré en 1977, dans le cadre d’une formule pour la résorption de l’habitat précaire, dans le sillage de la révolution agraire. Le chômage est en partie invoqué pour justifier la crainte et la terreur, pressentie par la population et argumente probablement le phénomène de la violence, qui constitue l’essentiel de son ambiance. Ses habitants n’ont pas cessé de dénoncer les violents affrontements sanglants entre de jeunes et moins jeunes délinquants,de bandes rivales armés jusqu’aux dents. Leurs témoignages font état de « leur inquiétude face à cette violence tout en révélant que, des jeunes, issus de familles sinistrées ayant élu domicile dans le répugnant regroupement de masures, construits sur le lit desséché namousse, seraient tombés dans le piège de la drogue et de la délinquance et seraient de ce fait impliqués dans cette guerre des clans ». Nos interlocuteurs affirment avec une humeur bilieuse également que le climat délétère, qui meuble le quotidien de leur lieu de résidence, a poussé nombre de familles à brader leurs habitations pour fuir cette situation de déliquescence extrême, alors que d’autres s’apprêtent à les imiter.
« Ce malheureux état de fait suscite un pincement au cœur chez les anciens de notre village où la badauderie est déconseillée à la tombée du soir » ont fait remarquer avec une pointe de dépit des habitants abordés à ce propos avant de renchérir « il existe un ancien cantonnement de la garde communale dans notre village où il était prévu en principe l’installation d’une brigade de la Gendarmerie nationale ou une Sûreté urbaine. Il serait plus sage de réaliser ce projet grandement important pour le rétablissement de l’ordre et le bien être de toute une population. Par le biais des représentants de notre comité de quartier, nous avons adressé un nombre indéterminé de requêtes aux autorités concernées, qui n’ont jamais été prises en considération ». Cette triste équation illustre parfaitement la déplorable situation dont est confrontée l’ensemble de la population de ce village, comble de l’ironie réputée à vocation agropastorale et où les rares agriculteurs des exploitations agricoles collectives, EAC, envisagent d’abandonner ce qui reste de leurs pauvres lopins de terre et ce, en raison de l’obstruction du lit de « oued namousse » par des déblais provenant de constructions illicites, qui foisonnent insidieusement comme des champignons. En effet, l’eau de cette rivière était utilisée dans le temps pour l’irrigation des cultures maraîchères, qui ceinturaient jadis ce village, constitué lors de sa réalisation de 150 habitations.
Toujours est-il que selon les déclarations glanées, les occupants du bidonville oued namousse rejettent le fait d’être taxés comme bouc émissaire dans cette violence en faisant remarquer que « les habitants d’El Qaria ne sont pas aussi innocents qu’ils le prétendent. Nous sommes des familles sinistrées et revendiquons un relogement et demandons aux autorités de prendre en considération nos doléances. Nous avons à maintes reprises saisi les responsables locaux à ce sujet mais malheureusement nous n’avons encore rien vu venir ». Notons dans ce contexte moribond que des familles sinistrées d’El Qaria ont investi quelques semaines auparavant les appartements de la cité des 500 logements LPL, situés juste en face de l’entrée principale de ce village. Il a fallu l’intervention des forces de la gendarmerie nationale pour déloger les indus occupants des logements de cette cité, qui n’a pas encore été réceptionnée en dépit des engagements des autorités.
Rachid Boutlélis