vendredi , 27 mai 2022
<span style='text-decoration: underline;'>Entretien avec le Pr Boubekeur Mohamed, sénateur, chef de service EHU d’Oran</span>:<br><span style='color:red;'>«Il n’y a pas de continuité dans la gestion de la chose publique»</span>

Entretien avec le Pr Boubekeur Mohamed, sénateur, chef de service EHU d’Oran:
«Il n’y a pas de continuité dans la gestion de la chose publique»

Dans un entretien accordé, en exclusivité à Ouest Tribune, le Pr Boubekeur Mohamed, sénateur et chef de service à l’EHU d’Oran, s’est apprêté, sans détour, ni équivoque, au jeu des questions et réponses sur différents sujets de l’heure, dont principalement, celui inévitable, de la situation sanitaire actuelle en Algérie, le dossier de la contractualisation, les grands brûlés et la retraite des hospitalo-universitaires. Ecoutons-le :

Entretien réalisé par Karim Bennacef

Ouest Tribune : Encore une fois, vous remettez sur la table, le dossier des grands brûlés. Doit-on comprendre, que celui-ci n’aboutit toujours pas et pour quelles raisons, surtout ?

Pr Boubekeur Mohamed : La, je me révolte ! Le projet des grands brûlés, à l’époque de Kaid Slimane, chef de service des grands brûlés au niveau du CHU, moi-même et d’autres personnes, nous avions bel et bien précisé qu’il ne fallait pas aller vers un hôpital de 120 lits et que 40, c’était largement suffisant. Ils sont passés outre, ils ont construit un hôpital de 120 lits, tant mieux. Mr le Président de la République, avait ordonné, suite aux incendies survenus en Kabylie, qu’il y ait 03 centres, l’un à l’Est, l’autre à l’Ouest et un autre au Centre. Oran a la chance d’avoir un 120 lits, qu’est ce qu’on attend pour sa mise en fonction ? Moi je dis que la médiocrité a fait que les responsables de la Santé au niveau de l’Ouest, et là je vise la DSP, n’ont pas pris les choses au sérieux. Le bâtiment existe, j’en ai discuté cinq ou six fois avec le ministre de la Santé, j’en ai discuté avec Mr le wali, je l’ai visité avec le ministre de la Santé en présence des sénateurs d’Oran, la structure n’est toujours pas ouverte ! Apparemment, le ministre attend de l’ouvrir, sauf qu’entre-temps, les gens meurent, il n’y a que 8 lits de disponibles. Ils ont démoli le pavillon « A » du CHU d’Oran, où il y avait 60 lits et où il y avait une équipe formée ; ils auraient dû attendre le temps de trouver un autre endroit ; mais, eux, étaient pressés de raser le bâtiment, lequel, aujourd’hui est dans un état lamentable et transformé de surcroît en parking, pour mettre les malades à titre temporaire au niveau de l’EHU en leur octroyant 8 lits et ont leur budget à partir du CHU. Donc ils sont très mal gérés et très mal pris en charge, ils n’ont rien, ils meurent. Citons le cas de cette jeune dame, qui s’est brûlé les pieds, elle est tout bonnement décédée. Aussi, le conseiller du président de la République est même venu ici, j’ai attiré son attention et l’ai informé que j’avais écrit au président de la République, à la résidence el Bahia, je lui ai réitéré mes préoccupations devant 500 personnes pour l’avertir de l’éventualité d’une catastrophe. Et ironie du sort, au moment où je lui ai dit, il y eut l’explosion d’El Bayadh, causant 8 ou 12 morts.

Ouest Tribune : La dernière visite du ministre de la Santé à Oran, n’a-t-elle pas été concluante, à votre avis ?

Pr Boubekeur Mohamed : Le ministre est revenu une autre fois en visite à Oran, mais il n’a pas visité l’hôpital malgré mon insistance. Depuis, je ne sais pas, ils réfléchissent, ils ont dit qu’ils allaient mettre 40 lits pour les brûlés, 40 lits pour la chirurgie plastique et 40 lits pour la rééducation. « Très bien, mais faites-le alors ! » Moi, tout ce que je demande, c’est l’amélioration de la prise en charge des grands brûlés. Je leur suggère d’ouvrir d’abord 40 lits, je ne leur demande pas qu’ils ouvrent les 120 lits d’un coup, comme je leur suggère de faire lever les réserves pour 40 lits et d’ouvrir le plus rapidement possible. Il faut savoir qu’en deux visites successives remontant à huit et trois mois, c’est le statu quo ! Les gens sont amorphes! Personnellement, je n’ai rien contre les personnes, ni réclamé le départ de X ou Y, mais j’estime que celui qui ne peut pas assurer, doit être déchargé vers quelque chose de moins important .
Il faut mettre quelqu’un d’actif qui peut régler le problème ; si j’alerte et continue d’alerter, c’est parce que je suis révolté par cette situation de fait, je sais que le ministre de la Santé veut bien faire les choses, mais j’ai l’impression qu’il a les mains liées ; comme je sais que le wali veut lui aussi aller de l’avant et il veut qu’on l’ouvre, mais il attend que l’occasion se manifeste. Voilà pourquoi, j’interpelle tout le monde, car c’est inconcevable qu’on laisse mourir des gens alors que la structure existe et qu’il faut très peu de moyens pour la rentabiliser. Je sais que le président de la République a ordonné la construction de centres de grands brûlés, mais que se passe-t-il ? Je pose la question. On dirait qu’il y a un acharnement à ne pas l’ouvrir ! Le DSP doit d’abord s’atteler à son travail, élaborer un cahier des charges, appliquer les règles, etc. Et le proposer au ministre pour l’ouverture.

Ouest Tribune : Est-ce finalement une question de prise de responsabilité?

Pr Boubekeur Mohamed : Citons pour l’illustration, le cas de l’hôpital de «Gdyel » et de celui de « Nedjma », il y a des contrats qui sont signés avec les différents responsables, par exemple avec les Turcs et il n’y a pas de réserves ; mais entretemps, qu’est ce qui s’est passé ? Les responsables ont changé, donc, certains ne veulent pas signer et endosser la responsabilité à la place de leurs prédécesseurs ; c’est là que réside le problème ; il n’y a pas de prise de responsabilité ; les nouveaux responsables ne veulent pas lever les réserves en se disant pourquoi, leurs prédécesseurs ne l’ont pas fait, avant-eux ! Mais moi je dis qu’il y a une incompréhension et une désorganisation en ce qui concerne les responsables locaux, il n’y a pas de connexion, il n’y a pas de passations de consignes, il n’y a pas de continuité dans la gestion de la chose publique.