mardi , 14 juillet 2020

...:
Jeu trouble

Le Mali a connu en l’espace de quelques heures, deux terribles attaques terroristes. Quelqu’en soit l’origine des criminels et leur véritable motivation, il y a dans cette dérive sécuritaire matière à s’interroger sur la conduite du dialogue et les ingérences françaises qui montrent leur limites. Il y a lieu de souligner, à ce propos, que l’Algérie avait mis en garde la communauté internationale contre le tout sécuritaire au Mali. Notre diplomatie n’avait de cesse de plaider pour une démarche prioritairement politique visant à réconcilier les Maliens entre eux pour, ensuite, engager une action armée concertée contre les éléments des groupes terroristes.
L’approche algérienne avait ceci d’important, est qu’elle se souciait des intérêts des Maliens et du Mali et plus généralement pour les populations de tous les pays du Sahel. Une intervention militaire, à travers la création du G5, financée et armée par la France ne pouvait mener qu’à une situation de grande confusion. D’autant plus que les pays de la région coordonnaient déjà dans le cadre du CEMOC, dont l’Algérie est membre en raison justement du respect de la souveraineté des nations.
Mais ce que l’on retient après l’ingérence occidentale, c’est que chacun doute des intentions de l’autre. Les différents acteurs en présence ont préféré agir sur leurs positionnements militaires. C’est là, une très grave erreur qui remet en cause tous les objectifs de l’intervention franco-africaine dans la région, en ce sens que pareil comportement accentue les rivalités et pousse à la radicalisation des sociétés et partant, rend une partition du Mali un processus incontournable, chose que refuse théoriquement toute la communauté internationale. C’est pourtant le scénario qui se profile à l’horizon et les terribles attentats en apportent la preuve irréfutable.
Cela conforte l’option de pourrissement au Mali et ailleurs dans le Sahel et met les gouvernements et la communauté internationale devant une nouvelle donne. Et pour cause, si avant la population n’était pas totalement convaincue de l’idée de l’indépendance de l’Azawad au Mali, avec des pratiques qui conduisent à des dérives sécuritaires, les terroristes gagneront du terrain et compliqueront les choses aux pouvoirs centraux dans les Etats du Sahel.
Devenant une revendication populaire, l’option séparatiste prendrait une autre dimension et toute action armée contre la région du nord deviendrait forcément une guerre contre des aspirations «légitimes» d’un peuple. A moins que, depuis le début, tout est fait pour parvenir à cette finalité. D’ailleurs, le Mali utile est au Nord et un nouvel Etat est si facile à contrôler… par la France.

Par Nabil.G