lundi , 18 octobre 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Inquiétante sous bancarisation de la masse financière</span>:<br><span style='color:red;'>La BA pointe le laxisme des banques commerciales</span>
© D.R

Inquiétante sous bancarisation de la masse financière:
La BA pointe le laxisme des banques commerciales

La BA étend son courroux sur d’autres pratiques inacceptables de la part des banquiers. La note pointe du doigt le refus d’ouverture de comptes et d’acceptation des dépôts pour des motifs irrecevables.

La crise financière que vit le pays, a mis à nu l’archaïsme du système financier national et surtout un certain laxisme des responsables des banques publiques. Ce constat est conforté par la lettre adressée récemment par la Banque d’Algérie aux établissements financiers, spécifiquement destiné à les «secouer» sur la question de la collecte de l’épargne des ménages et des opérateurs économiques. «Il est apparu qu’au nom d’une interprétation, souvent abusive et non fondée, des dispositions de la loi régissant le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, certains guichets bancaires ont été à l’origine de refoulement de capitaux de manière arbitraire et sans justifications réglementaires», accuse frontalement la Banque d’Algérie qui ne met pas de gants pour nommer le laxisme dont font montre les banquiers. La note de la BA, pour ferme qu’elle paraisse, suppose que son rédacteur parle en connaissance de cause et détient des preuves solides, voire que l’ampleur du phénomène en devient inquiétant. Et pour cause, il va à l’encontre du discours gouvernemental sur la bancarisation de l’argent des ménages et casse donc la dynamique.
La BA étend son courroux sur d’autres pratiques inacceptables de la part des banquiers. La note pointe du doigt le refus d’ouverture de comptes et d’acceptation des dépôts pour des motifs irrecevables. Elle évoque même des «délais exagérés» de mise à disposition des fonds. Autant de griefs qui montrent une situation qui «a desservi les objectifs de l’inclusion financière et a généré, auprès des épargnants potentiels, un phénomène d’incompréhension et d’expectative», souligne la BA dans sa lettre aux banques commerciales.
Pour remédier à cette réalité très dommageable à l’économie du pays, la Banque d’Algérie instruit les banques pour «cesser d’exiger, lors de tout dépôt de fonds en caisse auprès de leurs guichets, des justificatifs au-delà de ceux relatifs à l’identité du client dans le cadre des exigences réglementaires en matière de connaissance du client».
La même note rappelle la libre utilisation par les clients de leur argent, notamment lors des retraits. La BA encourage également la promotion de l’intermédiation bancaire en l’élargissant à toutes les catégories de la clientèle des banques.
L’interpellation de la Banque d’Algérie tient sa source de la persistance inquiétante du phénomène de la sous-bancarisation. Il semble donc que les banques elles-mêmes y soient pour quelque chose. De fait, la BA les instruit à l’effet de «se déployer, à travers ses différents outils et instruments, à capter et à canaliser toute épargne potentielle, aux fins de réduire la liquidité monétaire en circulation, notamment informelle et d’instaurer la confiance avec la clientèle épargnante dans un cadre d’une relation bancaire professionnelle et sereine».
Cette note trouve sa justification dans les chiffres révélant que la circulation fiduciaire hors banques, représente une certaine proportion de la masse monétaire, évaluée à près de 33%, soit 4.675 milliards de dinars à fin 2017. Cette importante somme est répartie «en caisses transactionnelles et thésaurisation pour un montant estimé entre 1.500 et 2.000 milliards de dinars auprès des entreprises et ménages, alors que le reste représente la circulation fiduciaire dans l’économie informelle, soit un montant allant entre près de 2.680 et 3.200 milliards de DA».
Au regard de cette situation, la BA estime nécessaire la mise en place de mesures à même «de faciliter les opérations bancaires, notamment de dépôt, de retrait et de rémunération, afin d’améliorer l’attractivité des services bancaires au détriment de la thésaurisation».
Alger: Smaïl Daoudi