mercredi , 25 novembre 2020

La «course» aux Bidonvilles: Un fléau irréductible ?

Les opérations de démolition de bidonvilles, après relogement de leur occupants, ont permis de récupérer ici et là des assiettes foncières devant, en principe, être protégées de toute nouvelle occupation par l’habitat précaire illicite. Mais en l’absence de toute opération d’aménagement immédiatement réalisée sur les terrains récupérés, plusieurs sites ont été transformés en dépotoirs, véritables décharges à ciel ouvert recevant toutes sortes de déchets et notamment les déblais déversés quotidiennement par des camions et des tracteurs, dans une totale impunité. A Ras El Aïn et aux Planteurs, où le phénomène a pris une grande ampleur, les habitants ne cessent d’alerter les autorités pour mettre un terme au déversement incessant de déblais. Mais le va et vient des camionnettes et des camions semble, hélas, s’inscrire dans la triste banalité d’un quotidien marqué par le recul des règles et des valeurs élémentaires du vivre ensemble et de la citoyenneté. Excédés par ces pratiques d’occupation anarchique des terrains transformés en décharges, les riverains ne cessent d’interpeller les pouvoirs publics pour demander la pose de clôtures et le gardiennage des terrains nus afin d’éviter un nouveau squatt par des familles en quête de logement neuf et une «renaissance» du bidonville à l’endroit même où il a été démoli. Depuis plusieurs mois, en effet, de nouvelles constructions précaires illicites ont été érigées dans cette zone urbaine de Ras El Ain et des Planteurs, ciblant des sites connus sous différentes appellations, tels que Terrain Chabat, Terrain Gazelle et Terrain Si Ali. Selon plusieurs témoins, habitants et riverains de ces terrains désaffectés, la majorité des sites ayant fait l’objet d’opérations de démolition ont été réoccupés par de nouvelles familles, venues, dit-on, d’autres wilayas parfois éloignées, qui s’installent dans une mansarde dans l’espoir de bénéficier d’un logement dans le cadre de l’opération spéciale de restructuration du quartier des Planteurs et d’éradication de ce grand bidonville. Et ce qui est à la fois choquant et révoltant, c’est de constater que ce phénomène, loin d’être nouveau, est une pratique qui date de plus de cinquante ans, générée, tolérée et admise par des les anciens «gouvernants» qui ne fonctionnaient qu’au registre du populisme, du laxisme et du mensonge indécent. Un ancien wali d’Oran, aujourd’hui en retraite, reconnait lui même que depuis des années, les rares opérations de démolition de quelques baraques illicites construites sur le flanc du Murdjadjo ne servaient au final qu’au décor de façade d’un régime totalement défaillant, incapable de mettre en œuvre une véritable politique de gestion de l’avenir de la ville et des conditions de vie des habitants…
Par S.Benai