mercredi , 15 juillet 2020

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La faillite totale

L’Algérie, à la lumière du « hirak » qui secoue ses villes et villages, découvre presque avec effarement qu’elle n’a pas de corps intermédiaires. D’un coup, on remarque le vide viscéral. Le grand désert de Gobi. Les syndicats, à commencer par celui supposé être le plus grand et le plus puissant, l’UGTA, se sont effacés totalement. Les partis n’arrivent pas à exister. Ceux de l’alliance présidentielle, autrefois « représentant la majorité écrasante », sont totalement éclipsés, et pire encore ils sont en train de se saborder en voulant sauver ce qui peut encore l’être.
Les partis de l’opposition ne sont pas mieux lotis, même s’ils tentent de s’accrocher à cette déferlante humaine qui a tout balayé sur son chemin de la protestation. Les assemblées locales élues n’arrivent pas à prendre langue avec les citoyens. Quant au parlement et à ses députés c’est le vide vertigineux et le grand stand-by.
Ainsi nous découvrons que tout a brusquement sauté et que tout ce qui devait être une courroie de transmission entre le pouvoir et le peuple n’existe plus, à supposer qu’il ait jamais existé un jour. Il en est de même pour ces centaines d’association qui ont choisi de se terrer, elles, qui pourtant dans les jours du grand faste, s’enorgueillissaient de pouvoir mobiliser la foule pour le chef. Le constat est affligeant pour un corps intermédiaire qu’on découvre ne rien peser, et qui n’a été fait que de fards mensongers, totalement déshabillé par une rue qui a tout renversé.
Ce vide est inquiétant quant au modèle de gestion du passé où peu de cas a été fait des lois de la république et où tout se gérait selon les injonctions des hommes. Mais l’urgence aujourd’hui n’est plus le passé, mais le futur du pays. Les jeunes qui ont investi la rue ont fait montre d’une grande maturité et d’une capacité d’organisation sans failles. Ils se sont exprimés sur leur vision de l’Algérie de demain et leur message a été (assez) entendu, puisque le pouvoir a cédé sur plusieurs points.
Mais aujourd’hui il faut bien donner une consistance à cette mobilisation inédite et penser à sortir de la crise. Il est difficile de croire que dans ce grand pays il ne peut y avoir des hommes et des femmes sensés et réfléchis, intègres et propres pour mener tout ce hirak à bon port, et trouver les mécanismes de sortie de crise en s’adossant justement sur les revendications exprimées depuis plus de quatre semaines par le peuple.
Maintenant, et tout en assurant la continuité de l’Etat, il faut planter les grands axes de cette II ème république souhaitée par tous, et aller concrètement vers ce grand changement auquel aspire le peuple.

Par Abdelmadjid Blidi