dimanche , 29 novembre 2020

La filière privilégiée pour l’accès à un logement …

Près de 200 constructions illicites auraient été démolies depuis le début de l’année à travers les communes relevant de la daïra d’Es sénia. Cette annonce du responsable local de l’urbanisme, reprise la semaine dernière par la presse locale et présentée comme un bilan positif digne d’éloges, pose en réalité quelques interrogations sur la démarche et l’impact réel de ces opérations inscrites dans la politique d’éradication de l’habitat précaire prônée depuis toujours par les pouvoirs publics. Il est vrai que depuis ces cinq ou six dernières années, l’acte de démolition des baraquements et des constructions illicites semble s’inscrire en «obligation de résultats» sur la feuille de routes des autorités locales.
Contrairement à un passé récent où des bidonvilles rasés étaient aussitôt reconstruits avec les déblais abandonnés sur le site, on constate aujourd’hui un peu plus de vigilance et d’intervention des pouvoirs publics voulant stopper la prolifération des bidonvilles. Néanmoins, les observateurs avertis notent que les récentes actions de démolition ne touchent surtout que des constructions illicites érigées de manière sauvage, sans permis de construire sur des terres agricoles attribuées à des exploitations individuelles ou collectives. Malheureusement, bien souvent, des exploitations abandonnées sont morcelées en «lots de terrain» vendus «sur parole» à des particuliers en quête de logement et qui misent sur le laxisme des autorités pour construire leur maison en toute illégalité.
La dernière opération, menée il y a quelques jours par les services concernés, avait permis la démolition de 36 constructions et 6 fondations érigées sans permis de construire sur une exploitation agricole individuelle, EAI 8, dite la «Ferme Djeidar», bien connue des services agricoles et municipaux concernés. On relève également que seules quelques constructions illicites érigées en extension de bidonvilles existant depuis bien longtemps sont démolies ici et là, sans pour autant que ne soit éradiqué le tissu sauvage et illicite en place depuis longtemps. A l’image de cette fameuse «CUMO», ancienne résidence universitaire, dont les chalets insalubres font l’objet de squats successifs, au gré des opérations de relogement des habitants.
Sur les sites des bidonvilles «célèbres» de Ain El Beida, de Sbika, du douar El Arab, de Hai Kara et de bien d’autres endroits, le nombre de constructions sauvages démolies est bien loin d’être, au moins, proportionnel au nombre de nouvelles baraques érigées ici et là. Selon des sources officielles, en dépit des opérations de démolition annoncées régulièrement, plus de 10.000 habitations sont également érigées à travers le territoire de la wilaya, dont 4.000 pour la seule commune d’Es-Senia. Comment stopper le fléau quand on sait que la construction et l’occupation d’un bidonville n’est pas seulement le fruit de la pauvreté et du dénuement, mais reste également nourri par la course au gain illicite entretenue par des réseaux mafieux qui surfent sur la misère des familles mal-logées….
Par S.Benali