samedi , 17 avril 2021

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La fin d’une époque

L’une des annonces les plus remarquables de l’année 2018 qui s’achève est relative à Sonatrach qui se lance très officiellement dans l’Offshore. Faut-il y voir un saut technologique ou le signe de l’assèchement de nos puits de pétrole dans le sud du pays ? Il faut dire que les bruits annonçant la fin de la période des vaches grasses se font de plus en plus entendre et l’on ne peut plus les ignorer aussi facilement qu’avant. Surtout pas ces derniers jours où les prix du pétrole ont repris leur inquiétante baisse. De fait l’argument qui consiste à dire que seuls 15% des immenses territoires censés contenir du pétrole sont exploités, ne tient plus la route. L’option de l’offshore n’est pas pour rassurer les Algériens sur leur avenir immédiat.
Ce serait, en effet, dévoiler un secret de polichinelle que d’affirmer le fait que les Algériens, tous les Algériens n’ont qu’un seul moyen de subsistance digne de ce nom. Même les agriculteurs subventionnés par les pouvoirs publics, auront bien du mal à faire tourner leurs exploitations sans les pétrodollars. Preuve en est, pendant toute la période où l’or noir ne valait pas grand-chose, la production nationale en fruits et légumes suivait la même courbe. Bref, l’Offshore est peut être une très bonne idée pour allonger de quelques années notre mode de vie, mais annonce tout de même une ère que l’on ne voudrait pas revivre en Algérie.
D’un autre côté, le ministère de l’Energie annonce d’importants investissements dans la pétrochimie. Est-ce à dire que Sonatrach entend améliorer sensiblement sa maîtrise de l’aval pétrolier et passer à la vitesse supérieure en exportant les dérivés des hydrocarbures, plutôt que le brut ? Ou alors serait-ce un autre signe de déclin de la production, dans le sens où l’on va faire bientôt, comme les Européens, en raffinant le pétrole que nous achèterons du Moyen-Orient ?
Toutes ces questions ne devraient pas susciter plus d’inquiétude qu’elles ne méritent, auprès des Algériens. Il faut bien se mettre dans la tête que nous formons une société comme les autres qui saura trouver les ressources nécessaires en elle-même pour avancer avec ou sans le pétrole. Nos voisins l’on fait. Il n’y a pas de raison que l’on échoue. Cela dit, il faut bien reconnaître que si nous devons nous en sortir, nous nous ne sommes pas encore tous dans le train du développement hors hydrocarbures. Nombres de nos politiques ont encore la tête imbibée du liquide noirâtre. Même si le Premier ministre a donné, jeudi dernier, la nette impression de vouloir sortir du paradigme rentier, il reste encore pas mal de chemin à faire pour amener l’administration à tourner le dos au pétrole.

Par Smaïl Daoudi