mercredi , 22 septembre 2021
<span style='text-decoration: underline;'>A cinq jours de l’Aid El Adha</span>:<br><span style='color:red;'>La quête difficile du mouton du sacrifice</span>

A cinq jours de l’Aid El Adha:
La quête difficile du mouton du sacrifice

L’ayant suivi dans sa quête du beau bélier qui ferait plaisir à ses enfants et à lui même, nous avons mesuré la détresse d’un père de famille qui se préparait à mettre l’équivalent de tout son salaire sur un mouton.

A cinq jour de l’Aid El Adha, les villes et villages du pays ne semblent pas connaître la ferveur d’antan où l’on apercevait des garçons en grappe tenant en laisse leurs moutons. Cette scène est, disons-le, rarissime en ces temps de crise sanitaire, de pénurie d’eau et de coût prohibitif du bélier. En effet, les marchés à bestiaux ne pullulaient pas monde comme, avant l’apparition de la pandémie de la Covid-19. Si certains ont déserté ces lieux, si «nostalgique» pour cause de contamination galopante, d’autres n’hésitent pas à évoquer les prix excessif des moutons. En fait, il semble que la conjoncture difficile du moment, au plan sanitaire comme économique, refroidit l’enthousiasme traditionnel des Algériens pour cette fête très particulière et très symbolique de l’attachement de la société à la religion.
L’Etat, à travers une entreprise publique spécialisé dans l’élevage d’ovin, a tenté de gérer au mieux les deux impératifs, économique et sanitaire, en proposant des béliers à des prix dits concurrentiels, entre 30.000 et 60.000 Dinars vendus dans des conditions d’hygiène impeccables. Mais là aussi, le cœur n’y était pas vraiment. Les acheteurs ne se bousculaient pas au portillon et il en est même parmi ceux qui ont fait le déplacement et qui ont trouvé les ovins pas très en forme, comprendre pas assez engraissé pour mériter les prix affichés. «Ils nous propose ce mouton à 30.000 Dinars. Je peux trouver le même au même prix dans un autre marché», dit un citoyens désabusé. Rencontré à l’intérieur d’une des unités de l’entreprise publique en question, Moussa, fonctionnaire de son état, affirme craindre de ne pas accomplir le rite du sacrifice cette année. «Acheter ce qu’ils nous proposent, c’est accepter de nous faire arnaquer Dieu ne peut pas tolérer tout ça», affirme-t-il dans un geste de dépit. Moussa sait bien qu’au final, il en achètera un. Il n’a jamais sauté l’occasion de l’Aid El Adha. Et ce n’est pas la Covid-19 ou la baisse de son pouvoir d’achat qui y changer quelque chose. L’ayant suivi dans sa quête du beau bélier qui ferait plaisir à ses enfants et à lui même, nous avons mesuré la détresse d’un père de famille qui se préparait à mettre l’équivalent de tout son salaire sur un mouton.
« Je m’organise. Toute l’année, je mets de l’argent de côté, en priant qu’une mauvaise surprise ne m’oblige pas à dépenser mes économies en cours de route. Cette année, j’ai réussi à économiser 30.000 Dinars. Je peux ajouter 10.000 autres pour pouvoir remplir mon devoir religieux et faire plaisir à ma famille. Donc quoi qu’il advienne, j’achèterai ce mouton.» Mais pas pour cette fois, puisqu’il a décidé de tenter sa chance ailleurs, là où il peut marchander avec l’éleveur. «J’attendrai le dernier jours s’il le faut», dit-il avec un petit sourire avant d’esquisser un salut timide.
Des Moussa, il y en a beaucoup à travers le pays. Tantôt ils sifflent en entendant les prix, tantôt, ils ne se rapprochent même pas de certains troupeaux visiblement hors de prix et souvent accompagnés de leurs enfants en bas âge, ils sacrifient au rituel des marchés de l’Aid El Adha. Un exercice qui plait énormément aux bambins qui, au final, réclament leur mouton. «On ne peut pas y échapper. Quand j’étais enfants, c’était des moments magiques. Je ne veux pas que mon fils les rate. Alors s’il faut casser la tirelire, tant pis», souligne Abbas, ingénieur de son état et père de deux enfants de 8 et 4 ans.
Cela pour dire que le prix ne compte pas tellement dans la décision des familles. Il y a l’aspect religieux, l’esprit de famille et la nostalgie de l’enfance. Les Algériens achèteront peut être un peu moins de moutons cette année, mais la fête du sacrifice aura bel et bien lieu. Cela paraît comme une évidence incontournable après un petit tour dans les marchés à bestiaux. Cependant tout le monde se prépare à ce que le jour J soit plus compliqué que celui de l’année passée. En plus de la Covid-19, dont la 3e vague qui n’a pas encore dit son dernier mot, les Algériens sont confrontés à une très grave crise de l’eau. Sachant que le sacrifice du mouton nécessite beaucoup d’eau, l’on devine le stress des citoyens. Mais ces conditions difficiles n’entameront certainement pas la détermination des Algériens…
Anissa Mesdouf