lundi , 18 janvier 2021

La ténacité du règne des bidonvilles

Lors de sa visite d’inspection effectuée la semaine dernière aux projets de logements en cours de finition au pôle urbain de Oued Tlélat, le wali d’Oran a notamment indiqué que pas moins de «23.000 logements publics locatifs seront distribués dans les tous prochains mois ». Le responsable a précisé que l’opération se déroulera, dans une première phase, durant le premier trimestre de l’année 2021 et se poursuivra en seconde phase jusqu’au mois de juin de l’an prochain. Le wali a également indiqué que «ces logements sont destinés aux occupants des habitations précaires et des bidonvilles», ajoutant que «les bénéficiaires ont été recensés». Concernant les lacunes et les retards souvent signalés dans la réalisation des programmes de logement, le wali en poste a rappelé à son tour les sermons et les avertissements à l’encontre des opérateurs défaillants: En cas de retards ou de défaillances dans la finition et l’achèvement des projets, «La wilaya prendra les dispositions qui s’imposent, à savoir l’application des mesures administratives à l’encontre des promoteurs retardataires, soit par la résiliation des contrats ou par le paiement de pénalités, notamment en raison des retards enregistrés dans le domaine de l’aménagement extérieur». Selon des observateurs, qui suivent de près cette politique du logement inscrite surtout au registre de la lutte contre les bidonvilles, rien d’original ni de significatif n’est à signaler en termes d’impacts attendus sur la colossale demande de logements qui augmente chaque année à travers les communes de la wilaya. Profitant sans doute de la situation sanitaire et du confinement, de nombreuses nouvelles constructions illicites sont érigées ici et là, notamment à Ain El Türk, Es Sénia, et à Oran ou le vieux tissu urbain de Ras El Ain, Les Planteurs et Sidi El Houari demeure la zone privilégiée par les squatteurs des bâtisses non démolies et les nouveaux occupants de bidonvilles en voie de reconstitution. C’est là un constat partagé et très souvent dénoncé sur les réseaux sociaux. A Es-Sénia, les vieux chalets de l’ancienne résidence universitaire squattée une première fois il y a plus de 10 ans, n’ont jamais été démolis ou récupérés par les pouvoirs publics. On a ainsi assisté à une troisième vague d’occupation des lieux après relogement des anciens occupants. Plus grave encore, d’autres baraquements sauvages ont été érigés à côté des chalets, scellant le statut de ce site urbain désormais appelé le «Bidonville CUMO». Ce n’est pas un hasard si de nouvelles appellations font leur entrée dans le langage populaire, au gré des nouveaux bidonvilles en extension. Après «Cheklaoua», «Etiartia», ou «El Flalis», qui ont heureusement disparu du paysage, voici aujourd’hui «La Coumo», «Es-sbika», «Er-ravin», ou encore «La foire» ce baraquement en extension implanté à côté de la Cité des 350 logements, au centre de Ain El Türk… Autant de noms marquant la ténacité du règne des bidonvilles que l’on ne peut éradiquer par la seule distribution de logements neufs. En instituant le relogement comme unique réponse à la prolifération de l’habitat précaire, on ne pouvait qu’attiser la flambée des bidonvilles, la meilleure voie d’accès au logement.
Par S.Benali