mardi , 11 août 2020
<span style='text-decoration: underline;'>Le président Tebboune dans un entretien accordé à France 24</span>:<br><span style='color:red;'>L’Algérie exclut l’option d’aller vers le FMI</span>

Le président Tebboune dans un entretien accordé à France 24:
L’Algérie exclut l’option d’aller vers le FMI

M.Tebboune fait un constat positif de la disponibilité de son homologue français, affirmant qu’«Avec le Président Macron, nous pouvons aller loin dans l’apaisement et le règlement du problème de la Mémoire. C’est un Président très honnête, sincère et très propre du point de vue historique. Il veut apaiser la situation et permettre à nos relations de retrouver leur niveau naturel ».

Le Président de la République a accordé, avant-hier, à la chaîne de télévision publique France 24, un entretien où beaucoup de sujets ont été abordés. Circonstances oblige, la question mémorielle entre l’Algérie et la France a été abordée par le chef de l’Etat. D’entrée, le président Tebboune n’a pas fait dans l’esquive et a annoncé clairement qu’«avec le Président Emmanuel Macron, nous devons, sans aucune animosité, sans haine et dans le respect le plus total des deux Etats, affronter le problème de la Mémoire qui hypothèque beaucoup de choses dans les relations entre les deux pays». Conscient de la primauté de cette question,
M. Tebboune reconnaît le courage d’Emmanuel Macron lorsqu’il a déclaré que «la colonisation était presque un crime contre l’humanité, ce que d’autres n’ont pas dit», soutient le président de la République, estimant à ce propos que «l’Algérie a déjà reçu des demi-excuses» du président français.
L’actualité de l’heure, à savoir le rapatriement des restes mortuaires des résistants algériens, a permis au président Tebboune de considérer que M. Macron a été «très réceptif et compréhensif à la demande algérienne». Pour le chef de l’Etat, «ce rapatriement était une nécessité pour l’Algérie qui accorde une grande importance à la question de la Mémoire». Cela étant dit, M.Tebboune fait un constat positif de la disponibilité de son homologue français, affirmant qu’ «Avec le Président Macron, nous pouvons aller loin dans l’apaisement et le règlement du problème de la Mémoire. C’est un Président très honnête, sincère et très propre du point de vue historique. Il veut apaiser la situation et permettre à nos relations de retrouver leur niveau naturel ». Un témoignage qui suppose un sérieux réchauffement des relations
Algéro-françaises et ouvre de réelles perspective pour une visite du président algérien à Paris ou celle du Président français à Alger. «S’il y a une visite, ce sera une visite d’Etat et pas de travail tout en tenant compte des conditions imposées par le Covid-19», a clairement signalé le président Tebboune.
S’exprimant sur la situation interne du pays, notamment la révision constitutionnelle, le Président Tebboune a indiqué qu’il était prévu que le Texte fondamental du pays soit soumis à un référendum populaire en juin dernier, mais la pandémie du coronavirus a tout chamboulé. «Je pense que si la pandémie du coronavirus s’atténue, on peut aller vers un référendum à la rentrée sociale, soit vers septembre ou octobre», a-t-il annoncé. Toutefois, il a assuré que les discussions sur la Constitution sont accélérées, faisant savoir que 2 000 propositions, de changements, de retrait d’articles ou d’extension et d’ajout ont été soumises au Comité d’experts sur la révision de la Constitution. En réponse à une question sur le 5e mandat, le chef de l’Etat n’est pas allé par 36 chemins pour répondre : «Je n’ai jamais été favorable au 5e mandat».
Au plan économique, le président Tebboune a révélé que «l’Algérie dispose de réserves de changes qui ne sont pas énormes, mais qui lui permettent de passer le cap d’une année à deux ans». Il en veut pour preuve que «l’agriculture à elle seule a produit en 2019 l’équivalant de 25 milliards de dollars et cela a été une chance pour le pays avec la chute des prix de pétrole car nous n’avons rien importé et nous avons presque une autosuffisance alimentaire».
Tout cela pour assener : «J’exclue l’option d’aller vers le FMI certes, mais nous sommes en contact périodique avec ce Fonds et nous tenons compte de ses orientations».
Sur les questions régionales, le Président Tebboune a réaffirmé «la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu qui permettra la reconstruction de l’Etat libyen sur des bases de légitimité populaire, au risque de voir transposer en Libye le schéma syrien». Constatant la sagesse des tribus libyennes qui permet au conflit de ne pas prendre la direction d’une somalisation du pays, il met tout de même en garde sur le fait que ces tribus «décident de se défendre et donc de s’armer, on s’acheminerait vers le schéma somalien et la Libye risque de devenir un sanctuaire terroriste».
Au plan des relations Algéro-marocaines et concernant les informations relatives à la construction par l’Algérie d’une base militaire en réaction au Maroc qui projetterait d’en construire une à ses frontières avec l’Algérie, le Président Tebboune a indiqué qu’il ne pouvait «ni confirmer, ni infirmer ces informations», soulignant que «la sagesse a toujours prévalu dans les relations entre les deux pays». Se voulant toujours optimiste, il a affirmé que «jusqu’à présent, l’escalade a été verbale et j’espère qu’elle va s’arrêter. Nous souhaitons le plus grand bonheur au peuple marocain. Nous n’avons aucun problème avec les Marocains, mais ce sont eux qui ont des problèmes avec nous».
Interrogé sur la situation sanitaire en Algérie, le Président de la République n’a pas exclu un durcissement du confinement. « Nous exécutons les recommandations de la Commission scientifique. Si elle voit qu’il est impératif d’aller vers un confinement partiel, dans quelques villes ou quartiers, on le fera», ajoutant qu’il « s’attendait un peu à la  progression »  des cas de contamination, souhaitant que « cela s’arrête et que les mesures  prises par la Commission scientifique soient respectées par les citoyens ».
Le chef de l’Etat dira aussi que « parfois, les traditions ont pris le pas sur les recommandations de la Commission scientifique. Nous avons constaté que la progression qui paraît à la limite acceptable, est due beaucoup plus à des contacts familiaux, mariages, circoncisions et autres… », avant de souligner « avoir lancé un appel et demandé à tous les responsables locaux et autres afin d’interdire ce genre de regroupements dans des endroits clos».
Le président de la République a aussi dit regretter voir que « parfois quelques jeunes ne croient pas au Covid-19 tant qu’ils ne l’ont pas vu de leurs propres yeux et pensent que   c’est un spectre qu’on utilise pour essayer de les empêcher de s’exprimer ».
Pour ce qui est de l’ouverture des frontières, le chef de l’Etat a répondu «Faut-il ouvrir partiellement ou pas les frontières, l’environnement géographique a opté pour le déconfinement total bien que les chiffres des contaminations et des décès soient élevés. Nous allons en fonction de nos capacités et de notre crainte de voir les chiffres s’élever encore plus».
Rappelant que 32 vols quotidiens relient l’Algérie et la France,  M. Tebboune a tenu à préciser que « toute personne qui entre en Algérie, est soumise  durant 14 jours à un confinement  total », révélant à ce sujet qu’entre 40 et 50 Algériens rapatriés de l’étranger ont été déclarés positifs après avoir été soumis à cette mesure.

Nadera Belkacemi