jeudi , 22 octobre 2020

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Le monde n’est pas pour autant plus sûr

L’organisation état islamique a été décapitée. Et même si la Russie a émis certaines réserves sur la « énième mort d’Abou Bakr al-Baghdadi », il n’empêche que les choses se précisent de plus en plus et même Moscou semble donner de plus en plus de crédits aux confirmations du président américain Donald Trump.
Mais cette victoire claironnée sur tous les toits est loin de signifier la fin de daech. Car el Baghdadi n’avait plus d’influences directes sur ses hommes et le groupe radical avait depuis longtemps battu en retraite et ne pouvait plus choisir que de se mettre à la défensive après ses
« grandes foutouhates » sur les terres de l’Irak et de la Syrie. Le califat qui s’est implanté sur ces terres n’a pas tenu trop longtemps et a fini par disparaître aussi rapidement qu’il n’était né.
Il faut dire que daech avait changé de stratégie depuis fort longtemps et s’est radicalisé, à travers la planète, passait à l’acte de leur propre chef sans forcément recevoir d’ordre de Syrie. Le manuel du parfait terroriste était consulté sur la Toile par tous ceux qui ont choisi de faire allégeance à daech.
Mais cette mort n’est pas, totalement, un non événement, car la succession d’el Baghdadi est un tournant important pour l’avenir de la mouvance radicale. Même amoindrie, l’EI a besoin d’exister et il lui faut pour cela un chef. Et même s’il ne peut avoir aucune influence directe sur « ses soldats », il contribuera à faire vivre le mythe d’un califat, qui en réalité, est mort bien avant son créateur.
L’autre question centrale posée aujourd’hui par les analystes, c’est la situation d’el Qaida. Cette matrice de l’EI, a vu son influence et celle de son chef el Zawahiri, péricliter grandement avec la montée en puissance d’el Baghdadi et de son daech. Aujourd’hui, les cartes risquent d’être totalement redistribuées, et à la vue de la situation grandement instable en Afghanistan et plus que précaire au nord de la Syrie, le retour en force de cette organisation n’est pas à écarter.
Et si retour il y aura, il sera sans aucun doute des plus sanglants et des plus extrémistes. Les guerres internes qui s’annoncent, d’abord entre les résidus de ces groupes terroristes et al Qaida, mais aussi contre les armées des pays de la région et malheureusement contre les populations civiles peuvent faire craindre le pire.
Autant dire que la région arabe n’en a pas fini avec toutes les horreurs qu’elle vit depuis la fin du siècle dernier. Alors le monde est-il vraiment plus sûr sans el Baghdadi, nous pensons que non, car au-delà de ces chefs extrémistes, la question centrale qui reste posée, c’est le jeu trouble des puissances de cette région, mais aussi des grands de ce monde.

Par Abdelmadjid Blidi