lundi , 28 septembre 2020

Le partage du patrimoine foncier oranais

Selon une source crédible ; un fonctionnaire en retraite ayant exercé dans les structures locales en charge de la promotion des investissements, la wilaya d’Oran a battu tous les records en matière de dérives et de dépassements dans l’affectation des assiettes foncières pour de présumés investissements.
«Même un wali honnête et intègre n’était pas à l’époque en mesure de faire face au fléau de la prébende sans courir le risque d’être jeté aux oubliettes du système et de perdre sa fonction…, nous explique cet ancien cadre bien au courant des méandres qui gangrènent la gestion du patrimoine foncier et immobilier à Oran».
Il est vrai que certaines assiettes foncières attribuées et non utilisées ont été récupérées par l’administration. Mais bien d’autres terrains attribués il y a quelques années pour de présumés projets, inscrits au fallacieux chapitre de la «modernisation d’Oran», n’ont pas encore été utilisés. Il s’agit entre autres d’un projet de siège d’une banque privée, d’une vingtaine de cliniques médicales, d’un aqua-parc, d’un centre d’équitation, et bien d’autres présumés projets d’investissement qui, à ce jour, n’existent en réalité que sur le papier.
Citant l’exemple du grand espace foncier devant être récupéré après démolition de la cité «Batimat Etalian», notre interlocuteur nous a expliqué comment, dans un premier temps, le système de gouvernance local a tenté «installer» dans l’opinion l’idée d’un fabuleux projet de «mini Wall-Street», une zone devant accueillir, disait l’ancien wali, des sièges d’institutions bancaires et financières, de grandes agences d’assurances et autres projets de sociétés de prestations diverses.
En réalité, les futurs bénéficiaires étaient déjà connus et ciblés, inscrits pour la plupart au cercle des barons et gardiens du temple de l’ancien régime, aujourd’hui pour la plupart en prison. Avec la forte pression des habitants de la cité Batimat Etalian qui réclamaient un relogement dans des conditions dignes de la valeur marchande du terrain et du «potentiel financier des futurs acquéreurs», l’affaire allait se compliquer.
D’autant plus que des opérateurs locaux dans la promotion immobilière, le tourisme et l’hôtellerie allaient eux aussi, et de bonne guerre, actionner leur relais et leur réseaux pour bénéficier d’une assiette foncière sur cet espace très convoité. Idéalement situé sur le 3ème périphérique menant droit vers l’aéroport et faisant face à la frange marine, ce site urbain attisent les appétits et les convoitises au point où aucun wali de passage n’a osé prendre l’initiative d’accélérer l’opération de relogement des résidents et de démolition des immeubles préfabriqués incrustés d’amiante dangereuse pour la santé. Ce n’est que très récemment que les pouvoirs publics ont commencé à parler de la future réalisation en cet endroit d’un grand parc urbain polyvalent aux contours encore imprécis. Un jardin plutôt que des tours en verre et en béton ? C’est tout le débat sur le progrès urbain et la modernité de la ville.
Par S.Benali