vendredi , 26 février 2021

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«Le printemps perse», une chimère

Que se passe-t-il en Iran ? Sommes-nous en face d’un printemps perse, comme on a vécu le printemps arabe ? Difficile d’aller jusque-là, mais la violence des manifestations que connaissent certaines villes iraniennes interpelle. Surtout que des deux côtés, le recours aux armes est trop rapide pour des manifestations pacifiques. A côté de cela, il faut ajouter, cette position directe et sans ambiguïtés du président américain qui tape comme un dingue sur le clavier de son ordinateur pour twitter, sans aucune retenue, diplomatique, sa position face à ces événements.
Trump ne cache pas son soutien aux manifestants et sa haine pour le régime des Mollahs qu’il voudrait voir disparaître totalement et très vite. L’Amérique de Trump ne se cache plus dans ce printemps perse, comme l’avait fait l’Amérique d’Obama dans le printemps arabe. Et si les Iraniens parlent de la main de l’étranger, il faut dire qu’en face, cette main ne s’en cache pas.
Mais alors jusqu’où peuvent aller ces manifestations, et le régime des Mollahs est-il vraiment menacé d’écroulement cette fois ? C’est un peu aller trop vite en besogne et méconnaître les fondements de ce régime voulu et pensé par l’imam el Khomeiny, qui a tout basé sur un socle solide, qui est la religion et surtout la doctrine chiite, minoritaire dans la région du Proche-Orient et à laquelle tient la majorité écrasante de la société iranienne. La propagande du régime en place sur ce détail central est trop puissante pour être occultée, n’en déplaise à M.Trump.
Lors des événements de 2009, Obama n’a pas voulu trop s’en mêler, malgré que le régime a sérieusement chancelé, mais cette fois Trump veut accélérer les choses, trop peut-être, surtout que les autres pays occidentaux ne sont pas très chauds pour la déstabilisation de l’Iran actuel avec lequel ils espèrent toujours faire de bonnes affaires.
L’autre grand drame de ce mouvement populaire en Iran, c’est qu’il manque cruellement d’un leader charismatique capable de donner un visage à ce soulèvement, comme ce fut le cas en 1979 où el Khomeiny a fini par haranguer les foules et faire tomber le régime du Chah. Cette fois aucun nom ne se dégage, et ceux qui rêvent d’une chute du régime, se trompent lourdement, car, à Téhéran nous sommes en face d’un vrai Etat solide et fort, et très éloigné de ces Etats corrompus et claniques des pays arabes vite balayés par le printemps arabe.

Par Abdelmadjid Blidi