lundi , 12 avril 2021
<span style='text-decoration: underline;'>La contestation prend de l’ampleur en Iran</span>:<br><span style='color:red;'>Le Proche-Orient sur une poudrière</span>
© D.R

La contestation prend de l’ampleur en Iran:
Le Proche-Orient sur une poudrière

Trump politise ouvertement la problématique iranienne et en appelle au soulèvement du peuple pour changer de régime. Il n’est d’alternative actuellement pour l’Iran, que l’effondrement du clergé chiite qui dirige le pays depuis 1979. C’est exactement le vœu du prince héritier saoudien Moahmed Ben Selman.

Il semble que l’opération déstabilisation de l’Iran, soit entrée dans une phase active à travers la vague de manifestations que connaît le pays ces derniers jours. Le rapport entre la poussée de fièvre sociale et les desseins américano-saoudien, n’échappe à personne, parmi les observateurs de la scène moyen-orientale. Il faut savoir que les slogans anti-régime lancés par les manifestants en Iran, sont la conséquence directe du train de sanctions décidé par l’administration Trump à l’encontre de Téhéran. La situation socioéconomique difficile engendrée par l’embargo américain, s’est aggravée après les mesures d’austérité décidées par le président Hassan Rohani, à l’image des réductions des budgets sociaux ou encore les augmentations des prix des carburants annoncées il y a quelques semaines.
Mais pour le gouvernement, cette colère a été canalisée et amplifiée par «des éléments hostiles» à l’Iran, basés à l’étranger. Ces derniers, attiseraient la contestation, selon M. Rohani. Il reste cependant, que ces «cercles» insistent sur la conjoncture économique ou accusent les conservateurs, rivaux du courant modéré dont fait partie M. Rohani, de vouloir saboter la politique économique du gouvernement. Autrement dit, le problème iranien est typiquement interne, sauf que le premier bénéficiaire est tout désigné et ce ne sont pas les conservateurs qui, eux aussi, avaient face, à une grande contestation en 2009. La thèse de «la main étrangère» avancée par le gouvernement, s’en trouve crédibilisée à en croire Tasnim Amir Mohebbian, un expert basé à Téhéran qui a déclaré à l’agence de presse iranienne, qu’«il existe des preuves, particulièrement à Machhad, que les manifestations étaient organisées pour marquer des points politiques». Il a souligné que les organisateurs de ce mouvement «n’avaient évidemment pas anticipé qu’il prendrait une telle ampleur. On ne peut pas jouer avec les mouvements de contestation».
Toujours est-il, que la situation est proche du point de non-retour. Et pour cause, dix personnes ont été tuées lors de ces violences. La promesse «d’un plus grand espace pour les critiques» du président Rohani, n’a pas eu un effet apaisant. Les autorités iraniennes ne parvenant pas à calmer la rue, malgré les faits «géostratégiques» qui pourraient appuyer leur thèse, le président a averti que «le peuple iranien répondra aux fauteurs de troubles». Ce qui revient à s’attendre à une répression, au moins, aussi dure que celle appliquée aux manifestations de 2009.
En attendant l’évolution de la situation dans ce grand pays chiite, l’Arabie Saoudite observe un silence très «intéressé» et Washington n’a pas laissé passer beaucoup de temps pour réagir. En effet, le président américain Donald Trump, a appelé hier, à un changement de régime. «L’Iran échoue à tous les niveaux, malgré le très mauvais accord passé avec le gouvernement Obama», a affirmé M. Trump sur Twitter. «Le grand peuple iranien est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. La richesse de l’Iran est confisquée, comme les droits de l’Homme. Il est temps que ça change».
Cela ressemble à de l’ingérence caractérisée, puisque M.Trump politise ouvertement la problématique iranienne et en appelle au soulèvement du peuple, non pas pour améliorer ses conditions de vie, mais pour changer de régime. Il n’est d’alternative actuellement pour l’Iran, que l’effondrement du clergé chiite qui dirige le pays depuis 1979.
C’est exactement le vœu du prince héritier saoudien Moahmed Ben Selman, qui n’a pas caché sa détermination d’en finir définitivement avec les Ayatollah qui à partir de Téhéran, exercent une influence quasi-directe sur tous les chiites de la planète. La question qui reste posée, est de savoir, si la société iranienne saura faire le choix entre un régime répressif et le chaos promis par le tandem Trump-Ben Selman. Pour l’heure, les manifestations prennent de l’ampleur, la rue se radicalise et le trône des Ayatollah chancelle. La donne n’est pas la même qu’en 2009…
Alger: Smaïl Daoudi