dimanche , 28 février 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Ghardaïa </span>:<br><span style='color:red;'>Le système traditionnel ingénieux de captage et de répartition des eaux en péril</span>

Ghardaïa :
Le système traditionnel ingénieux de captage et de répartition des eaux en péril

Le système ingénieux de captage, de stockage et de répartition des eaux de crue de l’Oued M’zab (Ghardaïa), un savoir-faire ancestral d’irrigation, dépérit devant le patrimoine végétal emblématique des palmeraies qui s’étale le long de cette valléeLe système ingénieux de captage, de stockage et de répartition des eaux de crue de l’Oued M’zab (Ghardaïa), un savoir-faire ancestral d’irrigation, dépérit devant le patrimoine végétal emblématique des palmeraies qui s’étale le long de cette vallée.

Le système appelé «le partage des eaux de la vallée du M’zab», avec ses  ouvrages qui stockaient autrefois les eaux de crue de l’oued M’Zab et les  redistribuaient pour irriguer les jardins familiaux, est devenu depuis les  inondations du 1er octobre 2008 un vestige en péril, abandonné. Ce patrimoine ancestral de captage, de stockage et de partage des eaux  témoigne du style architectural atypique et d’une civilisation  exceptionnelle au c£ur d’une région saharienne aride ou l’eau raréfiée  constituait une préoccupation majeure et primordiale pour la survie. Ce système, qui récupère et partage l’eau pluviale de l’oued M’zab d’une  façon studieuse et équitable, a permis la création d’une palmeraie et d’un  écosystème basé sur le principe de l’exploitation optimale des eaux  pluviales et l’économie de cette ressource rare, à travers la création de  retenues et autres petits barrages souterrains de type «inféro-flux»,  pouvant être assimilés à des petites nappes sous le lit de l’oued.
Il a été accompagné par la création de rigoles de ruissellement et des  canalisations en pierre souterraines, des seguias et autres aqueducs qui  épousent la topographie de la région ainsi que des ouvrages de captage de  surface et souterrain de l’eau et de régulation du débit de l’eau tel que  «Tissembades», des canalisations faites de grandes pierres plates et  servant à casser la vitesse de l’eau. Ainsi, l’eau pluviale arrive directement à l’entrée du fameux partage des  eaux où il s’engouffre dans les canalisations «Tissembades» de grandeur  moyenne et au nombre de 22, avant de s’engouffrer dans les six (6) grands  canaux distributeurs pour toute la palmeraie, suivant un calcul très précis  de débit et de quantité d’eau pour chaque parcelle de jardin, selon leur  grandeur et le nombre de palmiers s’y trouvant. Cette infrastructure hydraulique traditionnelle est également accompagnée  d’un système de gestion et d’entretien de canalisations et d’ouvrages  réalisés le long de la vallée ainsi que des tours de guet pour surveiller  l’écoulement et veiller au bon déroulement de sa répartition, tout en  parant aux éventuels dégâts qui risquent de subvenir çà et là. L’association «Oumana El-Sayl», chargée de la gestion de l’ensemble du  patrimoine hydraulique, s’applique sur le terrain à instaurer une vision  globale intégrée et participative entre les différents acteurs en vue de  préserver ce patrimoine ancestral, de le reconsidérer et l’exploiter dans  le développement du tourisme culturel local, a indiqué un membre de  l’association, Nacer Babker.
«Notre rôle porte sur la valorisation de notre patrimoine ancestral phare  (le système de partage des eaux dans le M’zab), qui est une des curiosités  touristiques, de préserver ce site historique et civilisationnel, ainsi que  d’animer et de stimuler les activités liées à l’écotourisme», a-t-il  souligné en appelant à jeter la lumière sur l’ensemble des ouvrages  hydrauliques ancestraux et à déterminer la nature des interventions  possibles pour préserver cette richesse et la valoriser en étroite  collaboration avec l’OPVM, conformément à la réglementation et la loi sur  la préservation des biens culturels.

Le béton et l’urbanisation anarchique mettent en péril le système

Les sècheresses récurrentes et la croissance rapide et anarchique de  l’urbanisation, ajoutées au mégaprojet d’assainissement et de lutte contre  les crues cycliques de l’Oued M’zab, réalisé par les pouvoirs publics, sont  autant de facteur de rupture de ce système d’équilibre séculaire entre  l’homme et son environnement élaboré par lesaïeux, a indiqué à l’APS le  président de l’Assemblée populaire communale (APC) de Ghardaia, Omar  Fekhar.
Les inondations de 2008 ont tout emporté et ont enseveli l’ensemble des  ouvrages hydrauliques ancestraux construits depuis des centaines d’années,  a-t-il fait observer. «Il y a eu une transformation quasi-totale de l’oasis et de la palmeraie  de Ghardaïa qui a vu s’élever dans cet espace, jadis verdoyant, des maisons  édifiées anarchiquement sur des terres à vocation agricole», a affirmé M.  Fekhar, ajoutant que le béton a envahi la palmeraie jusqu’à la défigurer. Chaque palmier, chaque lopin de terre de cette palmeraie est chargé  d’histoire de cette région aride, renferme une mémoire qui résiste à  l’oubli, et déborde d’une chaleur humaine qui ne laisse pas ses visiteurs  indifférents, abonde, de son côté, Ammi Bakir, notable de Ghardaia.
Les gens du M’zab ont tendance à construire une petite maison sur la terre  agricole héritée des parents, a-t-il souligné avant de préciser que la  crise du logement et l’absence d’espaces réservés à l’habitat accentuent la  destruction de la palmeraie. La disparition du système de partage des eaux est une illustration de la  transition socioéconomique vers un mode de vie moderne notamment avec le  raccordement à l’eau potable de toutes les habitations, a indiqué, pour sa  part, M. Touhami Benahmed, responsable à la direction des Ressources en eau  de Ghardaia. Les efforts déployés par les pouvoirs publics pour l’alimentation en eau  (AEP) de toutes les localités et zones d’habitation, les puits de pompage  modernes qui séduisent par leur débit d’eau et la facilité d’extraction,  ont remplacé le système traditionnel de répartition des eaux de crue, jugé  comme archaïque, a précisé M.Benahmed. Aujourd’hui, les vestiges des ouvrages du système traditionnel de Ghardaïa  doivent se préparer à leur nouvelle vocation touristique, a-t-il soutenu.

Témoignage vivant d’une civilisation ancienne

Ce système de partage des eaux de la vallée du M’zab apporte un témoignage  vivant sur une civilisation ancienne et offre un exemple exceptionnel  d’ouvrages hydrauliques £uvrant à l’économie de l’eau dans les zones  arides, pour maintenir un équilibre écologique dans la vallée du M’zab,  fondé au 12ème siècle par Cheikh Boushaba, puis en 1550 dans la palmeraie  de Béni-Isguen par Cheikh Ben Addoun, a fait savoir le chargé de la gestion  de l’Office de protection et de promotion de la vallée du M’zab (OPVM),  Kamel Ramdane. En dépit du caractère limité des ressources hydriques, de leur  irrégularité et des périodes de sécheresse qu’a connues la région du M’zab,  les habitants de cette contrée ont de tout temps £uvré pour une stratégie  hydrique visant à dépasser les contraintes et d’accompagner les besoins en  eau de la population et des différents secteurs de la vie, notamment  l’Agriculture oasienne, a-t-il rappelé.
Conscient de l’importance et de la nécessité de la protection de ce  patrimoine matériel et immatériel notamment le savoir-faire ancestral de  drainage des eaux pluviales et leur emmagasinement, de nombreuses  associations et membres de la société civile appellent à la préservation de  ce capital pour les générations futures dans le cadre d’une approche qui  favorise le développement durable et concilie le traditionnel et le  moderne. Pour M.Ramdane, l’OPVM s’attèle avec le ministère de la Culture à achever  et approuver l’Etude du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur  de la vallée du M’zab (PPSMVM), lancé depuis 2005 afin d’avoir un outil  d’urbanisme en conformité avec le classement de la vallée du M’zab en  secteur sauvegardé.
La vallée du M’zab, qui compte quatre communes (Ghardaïa, Bounoura,  El-Atteuf et Daya Ben-Dahoua), regroupe une pentapole de ksars fondée au  10ème siècle et édifiée pour une vie communautaire en respectant la  structures sociologique des habitants. Son périmètre, qui couvre une superficie de 4.000 hectares avec son bâti  traditionnel, ses palmeraies, son système ancestral d’irrigation, ses  monuments et sites historiques estimés à plus de 200 sites, a été classé en  tant que patrimoine mondial en 1982. La vallée du M’zab a été aussi classée par les pouvoirs publics comme  «secteur Sauvegardé» en promulguant le 04/06/2005 un décret exécutif (N-  05/209) qui permet l’élaboration d’un plan de sauvegarde en conformité avec  la loi sur le patrimoine (04/98 du 15/07/1998).