vendredi , 14 août 2020

Les «barons» des bidonvilles et de l’habitat précaire…

Une dizaine de constructions illicites ont été démolies dernièrement à Es Sénia, au bidonville connu désormais sous le nom de «CUMO» en référence à l’ancienne cité universitaire abandonnée et squattée il y a plus de quinze ans par une première vague d’occupants. Avant le lancement de cette opération de démolition, des mises en demeure avaient été adressées aux habitants de ces constructions illicites érigées à proximité de l’Ecole primaire Othmane Bey. On peut évidemment se féliciter de cette intervention des pouvoirs publics qui semblent depuis quelques temps, sérieusement engagés dans la lutte contre la prolifération des bidonvilles. Parmi les familles délogées qui squattaient les baraquements démolis, certaines avaient déjà fait l’objet auparavant d’une opération d’expulsion et démolition d’un habitat précaire érigé et occupé presque au même endroit.
Faisant fi des lois et des règlements sur l’occupation illégale du domaine public, ces mêmes personnes sont revenus à la charge, profitant semble-t-il de la difficile conjoncture engendrée par la pandémie du Covid-19. On rappelle qu’au début de l’année en cours, 40 constructions illicites ont été démolies à Es Sénia dont 15 à la CUMO et 25 au niveau de la zone industrielle, près du chemin de fer, dans la même commune. Avec le temps, la Commune d’Es-sénia allait se classer au premier rang du nombre de bidonvilles par rapport au nombre d’habitants. On se souvient, il y a une quinzaine d’années, de cette résidence universitaire désaffectée, la CUMO, qui fut squattée par des familles en quête de logement. Aussitôt désertée par les étudiants, les chambres furent «vendues» et revendues» à prix d’or par d’obscurs «barons de l’habitat précaire» que l’on disait infiltrés dans les rouages de l’administration communale.
Évacuée une première fois, après relogement des occupants, la cité CUMO a été moins d’un an plus tard, réinvestie et de nouveau occupée par de nouvelles familles venues des wilayas voisines ou même éloignées. Après le recensement effectué en 2010 pour arrêter la liste des occupants installés sur le site avant 2007, seule une soixantaine de familles ont été retenues et reconnues pour avoir droit à un recasement. Mais en Mars 2013, six ans plus tard, pas moins de 800 nouvelles familles occupant l’ancienne cité érigée en bidonville réclamaient de nouveau leur «droit au relogement». Pourquoi se demande-t-on encore, cette cité est restée si longtemps abandonnée, sans être gardée et restaurée par la direction des œuvres universitaires après le transfert des étudiants vers une nouvelle résidence? Pourquoi toutes les autorités locales successives n’ont pas songé à démolir le site et récupérer l’assiette foncière pour y construire un équipement ? Comment, pourquoi, et surtout qui a pu favoriser et entretenir l’arrivée et l’installation illégale de nouveaux occupants sur des sites censés être définitivement évacués et protégés par l’Etat et sa force publique ?
Par S.Benali