mercredi , 5 août 2020
<span style='text-decoration: underline;'>Rapatriement des premiers restes mortuaires de résistants algériens </span>:<br><span style='color:red;'>Les Chouhadas retournent dans leur pays </span>

Rapatriement des premiers restes mortuaires de résistants algériens :
Les Chouhadas retournent dans leur pays 

Cet émouvant épisode de la vie de la Nation, vient soulever le couvercle sur les atrocités de la colonisation française en Algérie qui a été sans nom. Contrairement à ce qu’avancent certains nostalgiques français le contentieux mémoriel entre la France et l’Algérie existe bel et bien.

Les restes mortuaires de 24 résistants algériens à la colonisation française sont arrivés, hier en fin de matinée, à bord d’un avion de l’ANP. Les dépouilles de chouhadas tués par l’armée française, sont constituées de crânes que le pouvoir colonial de l’époque avait conservés dans un Musée à Paris. Cette opération, ponctuée par une grandiose cérémonie qui a débuté au pas de l’avion pour se poursuivre jusqu’à demain où les cercueils seront exposés au Palais de la Culture, est une première étape de rapatriement des restes mortuaires des résistants algériens. Ainsi, la célébration de la Fête de l’indépendance sera, cette année, l’un des moments «forts de l’histoire de la Nation». Et pour cause, le retour à leur terre natale de héros qui ont combattu avec courage l’invasion de l’Algérie par la France entre 1838 et 1865, est un acte historique qui permet à l’Algérie et aux Algériens d’apprécier tout le sacrifice de plusieurs générations pour que le pays puisse être libre. C’est donc «tout un symbole de la Résistance à l’occupation française», avait souligné avant-hier, le Président Tebboune lors d’une cérémonie de remise de grades et de médailles à des officiers supérieurs de l’ANP.
Il convient de rappeler que les restes mortuaires de dizaines de résistants algériens à la colonisation française, dont ceux de Chérif Boubaghla (mort en 1854) et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas (mort en 1849), ont été retrouvés ces dernières années au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN, ex Musée de l’homme) de Paris. On retiendra également que certains fragments de corps étaient conservés au MNHN de Paris, depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection «ethnique» du musée. Ces restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent notamment à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif «Boubaghla», au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (dans la région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée de Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte. De même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, le lieutenant et alter ego de l’Emir Abdelkader.
L’origine, la date d’entrée au musée et l’identité des sujets algériens insurgés contre l’autorité française sont inscrites dans la base de données du MNHN sous la forme: «Don du Dr Cailliot, 1881-37 Yaya Ben Saïd N6872, crâne a.m.i» ou encore en ce qui concerne le crâne de Boubaghla: «Don de M.Vital, de Constantine, 1880-24, Bou Barla, dit Le Borgne. 5940, crâne s.m.i». Les crânes de Boubaghla, de Bouziane, de Moussa Al-Darkaoui… portent tous un numéro d’ordre inscrit à même l’os.
Il faut savoir que la restitution des crânes de ces résistants est passée par plusieurs étapes. Il eut d’abord une demande officielle de l’Algérie à la France. Le sujet avait également fait l’objet d’entretiens au plus haut niveau des deux Etats. C’est dire l’importance accordée par Alger, qui a dépêché à Paris une commission technique composée d’experts algériens, laquelle a identifié les crânes des algériens. Le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Tayeb Zitouni, avait déclaré en janvier 2019 que «à ce jour, 31 crânes ont été déjà identifiés et l’opération se poursuit».
Les historiens relatent à titre d’exemple que lors du siège de Zaâtcha (30 km au sud-ouest de Biskra), les résistants algériens de cheikh Bouziane s’étaient opposés aux troupes de la colonisation française du général Emile Herbillonet. Le siège s’était terminé par l’extermination de la population de l’Oasis. «Plus de 1.500 obus d’artillerie furent tirés contre cette localité pour amener vainement la population à abdiquer», selon l’universitaire Setar Ouathmani. «Vers neuf heures et demie du matin, le 26 novembre 1849, la tête du cheikh Bouziane, celle de son fils Al-Hassan et celle de Si-Moussa Al-Darkaoui, sont placées au bout de trois piques. Un instant avant qu’on le fusille, un soldat l’ayant bousculé un peu rudement avec la crosse de son fusil, Al-Hassan, le fils de Bouziane dit : +Je suis le fils de Bouziane, on tue le fils de Bouziane, on ne le frappe pas+», rappelle l’anthropologue Ali Farid Belkadi dans un entretien à l’APS. Le même scientifique souligne que le crane d’Al-Hassan «n’a pas été retrouvé au muséum de Paris et doit être rangé dans une autre collection».
En avril 2018, un recensement des crânes d’Algériens conservés dans ce musée, a pu établir leur nombre à 536. Ils proviennent de toutes les régions d’Algérie. «Parmi ces 536 crânes et ossements figurent ceux d’hommes préhistoriques, très peu nombreux. Tous n’ont rien à faire en France», avait déclaré le chercheur.
Cet émouvant épisode de la vie de la Nation, vient soulever le couvercle sur les atrocités de la colonisation française en Algérie qui a été sans nom. Contrairement à ce qu’avancent certains nostalgiques français, le contentieux mémoriel entre la France et l’Algérie existe bel et bien. Et pour cause, il n’y a pas que les crânes des résistants à élucider entre les deux pays. Il y a également les archives que la France officielle refuse de divulguer, la question des disparus durant la Guerre de Libération et bien entendu l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Toutes ces questions font l’objet d’étude par des commissions mixtes algéro-françaises.
Anissa Mesdouf