mercredi , 2 décembre 2020

Les présumés «enfants de la ville»

Dans une déclaration à un confrère de la presse locale, les représentants des mandataires du marché de gros de fruits et légumes d’El Kerma, expriment leur désarroi et leur crainte de voir leur activité disparaître à cause de la «concurrence déloyale» imposée par des vendeurs de légumes et fruits «qui se déplacent en camionnettes venant de toutes les wilayas voisines». Les commerçants concernés, se plaignent et dénoncent le fait que «de grandes quantités de fruits et légumes ne transitent pas par le marché de gros et légumes, ce qui engendre des pertes colossales aux mandataires». Il est vrai que le secteur de la distribution des fruits et légumes produits à travers les wilayas agricoles de l’Ouest, n’a pas été épargné par le marché informel permettant à des centaines de jeunes et de moins jeunes d’exposer leur marchandise à la périphérie d’Oran, «sans registre de commerce, sans payer d’impôts».

Des quantités de fruits et légumes qui échappent ainsi aux profits des mandataires légaux, installés au nouveau marché de gros d’El Kerma. Ces derniers expliquent également, que les mandataires dans le marché, sont confrontés au problème lié aux heures d’ouverture et de fermeture du marché alors que dans la wilaya de Mostaganem, le marché de gros ne ferme pas ses portes durant la journée» Et face à ces contraintes et paradoxes générés par l’évolution anarchique d’un marché commercial non maîtrisé, les mandataires demandent aux pouvoirs publics «d’intervenir pour faire face à cette concurrence déloyale».

En réalité, il faudra bien admettre que c’est toute la démarche d’implantation de ce fameux grand pôle commercial dans la Commune d’El Kerma, qui semble aujourd’hui, dévoiler ses failles et prouver ses limites. On se souvient qu’un certain nombre d’experts locaux en urbanisme et en économie locale, avaient à l’époque, émis des réserves sur ce choix de délocalisation et de démolition, des anciennes halles centrales de Choupot à la sortie sud d’Oran. Une démolition qui au passage n’a pas dérangé grand monde parmi les défenseurs du patrimoine architectural de la cité oranaise. Le choix de créer et de vouloir concentrer toutes les activités de vente en gros au niveau de cette zone, loin d’être partagé, ne pouvait à court terme qu’aboutir à des contraintes et des inepties liées à la fois au mode de gestion de ces structures et à la nature et spécificités de ces activités commerciales.

Bien d’autres villes, sous d’autres cieux, reviennent aujourd’hui sur le choix de la concentration extra-muros des activités dans de grands espaces. Et à Oran, le choix, mal inspiré, d’implanter un marché de gros de fruits et légumes au côté d’un marché de véhicules d’occasion, d’un marché à bestiaux, d’un grand abattoir, d’une unité de production du Compost et bien d’autres «idées en cours d’études», ne pouvait qu’aggraver l’anarchie et les risques d’échec liés au manque de maturation. L’ouverture prochaine d’un nouveau marché de véhicules en cours d’aménagement par l’APC sur le site de l’ancien abattoir d’Oran, signera l’arrêt définitif du marché d’El Kerma. Des crédits inutilement dépensés dans l’impunité et l’indifférence des présumés «enfants de la ville» abusivement installés au chevet de la cité.

Par S.Benali