mercredi , 5 août 2020

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L’initiative algéro-tunisienne et la Libye

Le chef de l’Etat a annoncé, avant-hier, lors de l’entretien qu’il a accordé à des représentants de la presse nationale une initiative algéro-tunisienne dans le dossier libyen. C’est la première démarche strictement politique qui ne poursuit aucun objectif hégémonique de la part de ses initiateurs. L’Algérie et la Tunisie n’ont même pas besoin de montrer « patte blanche », puisque les deux pays ont prioritairement intérêt à ce que la Libye soit en paix et prospère. Les deux mille kilomètres de frontières qu’il partage avec ce pays sont présentement une véritable source d’inquiétude pour Alger et Tunis. Cela au plan géostratégique.
L’autre raison qui met les Algériens et les Tunisiens au dessus de tout soupçon, tient du fait du sentiment fraternel que les peuples de la région éprouvent à l’endroit des libyens. Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais véritablement un facteur très important dans l’intégration souhaité de l’Union du Maghreb arabe. En remontant à l’histoire des mouvements nationaux des trois pays, on retrouve systématiquement des brassages populaires et politiques très denses.
Pour toutes ces raisons, l’initiative algéro-tunisienne doit être prise très au sérieux, parce qu’elle a le soutien des sociétés libyenne, tunisienne et Algérienne, et peut de ce fait trouver le moyen d’atteindre les élites de la Libye, aujourd’hui en conflit ouvert. Et pour cause, la Libye est engluée dans «sa révolution» dans un climat trouble où le pouvoir est scindé en deux et chacun contrôle une multitude de milices. Il faut dire que le péché originel de la Libye a été de recourir à l’aide massive de l’Otan pour éliminer l’ancien homme fort de Tripoli. Il fallait être naïf pour ne pas s’attendre à une forme d’ingérence de la part de l’occident pour se faire payer le «service» rendu aux petits chefs de guerres.
Les libyens qui ont déjà payé un lourd tribut depuis 2011, sont les principales victimes d’une machination occidentale qui entend faire de ce pays une sorte de girouette. Et c’est bien aux Libyens et seulement aux Libyens que les dirigeants algériens et tunisiens s’adressent, à travers leur initiative. Réussira-t-elle ? Tous le monde, à Tripoli, Misrata, Benghazi et ailleurs ne prient que pour cela. Mais les Al Seradj, les Haftar et leur sbires auront-ils écouté la voix fraternelle ou s’entêteront-ils à suivre les illusions que leur vendent les occidentaux et les Trucs ? Bien malin celui qui pourra répondre à cette question.
Par Nabil.G