lundi , 28 septembre 2020

Morosité ambiante et pessimisme contagieux

De temps en temps, dans les quartiers populaires et les grandes cités d’habitat telles que les HLM/USTO, quelques voisins regroupés au pied de leur immeuble évoquent tristement la douleur d’une famille venant d’apprendre le décès d’un fils, victime d’une noyade ou déclaré disparu après une harga avortée. Des drames qui ne sont presque jamais évoqués par les médias, tant ils restent inscrits dans la tragique banalité de ce fléau qui ne cesse de s’amplifier. Depuis longtemps déjà, le décès de candidats «malchanceux» à une tentative de traversée ne relève que du banal fait divers, sans «intérêt» et souvent ignoré par une opinion publique saturée par les lamentations et les récits à répétition sur la harga et ses tentatives avortées. Un observateur très averti nous indiquait hier que le nombre d’embarcations, tous types et toutes tailles confondues, saisies lors d’une interception de candidats à l’émigration clandestine, constitue une impressionnante quantité stockée par les services des gardes côtes. En moins d’une dizaine d’années, un nombre effarant de procès-verbaux et de constats auraient été établis par les services de sécurité concernés, gardes-côtes, police et gendarmerie. Les harraga interceptés sont le plus souvent présentés devant un magistrat instructeur, mais la priorité des enquêtes cible surtout les organisateurs de traversées, des individus et des réseaux mafieux qui occupent ce créneau juteux. Mais comme chaque été, profitant du beau temps, «l’offre de traversée» semble boostée par une demande de plus en plus grande, parfois même visible et affichée ici et là dans certains quartiers de la ville. «Tu veux prendre un « bôté »?, adresse à flen…» témoignent souvent quelques jeunes résidents d’une cité d’habitat périphérique. Un peu à l’image des petits dealers qui se répartissent ici et là le territoire d’écoulement de leurs produits, le circuit de la Harga semble, à priori connu et pourrait être cerné. Mais là encore, le fléau ne saurait être éradiqué sans le règlement, à la source, des causes profondes qui engendrent et le renforcent. Malgré les moyens et les efforts indéniables engagés par l’Etat, la demande sociale reste croissante et le déficit persiste dans presque tous les domaines. Le chômage, le logement, la baisse du pouvoir d’achat, les désagréments du cadre urbain, et bien d’autres ingrédients connus sont encore là pour accentuer la mal-vie, les soucis, la morosité ambiante et le pessimisme contagieux.
Par S.Benali