mardi , 20 octobre 2020

«Nous sommes plus forts que le Covid-19»

Selon bon nombre de spécialistes, c’est le déficit en moyens de dépistage qui peut expliquer la forte baisse du nombre de cas de contaminations enregistrés et officiellement annoncés chaque jour par le porte parole de la commission scientifique. Selon un éminent professeur en épidémiologie à Oran, ces données reflètent bien la réalité constatée au niveau des structures hospitalières, comme l’a indiqué le Ministre de la Santé. Il est vrai que le nombre de personnes atteintes du coronavirus et qui se présentent dans les services de santé publique a fortement diminué. Cependant, ces données ne tiennent pas compte des cas asymptomatiques et des nombreux malades qui sont traités par les praticiens installés en cabinet privé. Des médecins qui reçoivent certes moins de cas de contamination par jour, mais qui n’ont pas l’obligation de déclarer les malades qu’ils reçoivent dans leur cabinets comme c’est le cas pour d’autres maladies infectieuses comme la tuberculose, le choléra, ou encore la méningite. Selon une praticienne installée au quartier HLM/USTO, le nombre de cas qu’elle traite au quotidien est passé d’une dizaine il y a deux mois à deux cas en moyenne par jour depuis le début du mois. Elle constate en plus, nous dit-elle, un fléchissement important de la charge virale mesurée chez les patients allant faire un test dans un laboratoire privé. La diminution du nombre de cas de contamination annoncée chaque jour à la télévision ne pouvait donc, à terme, qu’»intriguer» les plus septiques et soulever au sein de l’opinion, à tort ou à raison, des interrogations sur la crédibilité et l’utilité des chiffres annoncés. Par ailleurs, l’absence de débat public sur la situation et l’évolution de l’épidémie, a fini par alimenter au sein de l’opinion une sérieuse tendance au renoncement aux gestes barrières de prévention, notamment dans les espaces clos. Dans bon nombre de sièges d’administrations locales, les mesures et les consignes dictées par les pouvoirs publics sont de moins en moins visibles, à l’image de ces attroupement de plusieurs personnes, sans bavettes ni distanciation, que l’on peut observer à l’entrée de certaines directions de wilaya recevant du public. Fatalement, bon nombre d’énergumènes avancent des constats et des spéculations farfelues, alimentant la rumeur, voire la manipulation. En réponse à une question du chroniqueur demandant à un agent à l’entrée de la Direction du logement pourquoi personne ne porte de masque, on a eu droit à cette réplique : «Nous les algériens sommes plus forts que le coronavirus… c’est lui qui a peur de nous». Mais l’ironie cache mal un état d’esprit rebelle de ceux qui pensent naïvement que le virus va disparaître dans un ou deux mois, puisque le nombre de cas de contaminations déclarés ne cesse chaque jour de diminuer… Une logique arithmétique qui n’a rien à voir avec la réalité de l’épidémie et du terrain médical.
Par S.Benali