samedi , 26 septembre 2020

«Ouahran Ouhran rouhti Ekhsara…»

Il y a plus de deux ans, à Tlemcen, deux autobus touristiques ont été spécialement aménagés et mis en service par un opérateur privé pour assurer aux visiteurs des circuits à travers les sites et monuments et les promenades urbaines. Les deux autobus, aménagés dans un style et un décor traditionnel, sont équipés d’un matériel de sonorisation proposant, en différentes langues, une description et des informations sur les différents sites visités par les touristes dans la capitale des Zianides. Une action très applaudie à ses débuts, qui, disaient certains, allait contribuer à promouvoir le tourisme et l’image de marque de la ville. La semaine dernière, lors d’une réunion du Comité d’embellissement et d’Amélioration urbaine de la ville d’Oran, la même action a été suggérée, applaudie et «retenue dans le cadre des préparatifs des prochains jeux méditerranéens de 2021. Sans vouloir dénigrer ou remettre en cause les sincères motivations des uns et des autres dans la recherche d’actions innovantes permettant de redorer le blason de la ville à l’approche de l’événement sportif international, on doit bien admettre que certains idées et initiatives restent inscrites au registre des improvisations tardives n’ayant que peu d’impact sur l’amélioration de l’état des lieux. Mettre en service un «bus touristique» spécialement dédié aux visiteurs n’a rien d’une action originale puisque l’on a déjà vu il y a quelques mois un bel autocar de tourisme assurer à ceux qui le désirent une tournée à travers les quartiers et monuments historiques de la Cité. Par ailleurs, on peut comprendre l’insistance des pouvoirs publics à vouloir mettre en place des plaques de signalisation indiquant les directions et les emplacements des sites, monuments et promenades urbaines, mais on peut aussi, malheureusement, s’interroger sur les lenteurs et les déficits qui pénalisent encore le tissu urbain dans toutes ses composantes, urbaine, paysagère ou touristique. Promouvoir le tourisme urbain dans une grande ville, affirment les spécialistes, ce n’est pas seulement assurer de bonnes conditions de déplacement aux visiteurs, mais c’est surtout réhabiliter des lieux et des endroits porteurs d’expression et d’échanges. Une bibliothèque, un ancien café, une vieille mosquée, un ancien marché, une ancienne maison d’un personnage historique, sont autant d’éléments devant être «remis en vie» afin d’offrir au visiteur une belle immersion dans le patrimoine , sous tous ses aspects, historique, traditionnel ou social. Il se trouve malheureusement, qu’à l’exception de quelques sites et monuments connus, dont la Chapelle de Santa-Cruz et le vieux fort espagnol qui surplombe la Ville d’Oran, celle-ci a perdu bon nombre de ses anciennes, magnifiques et pittoresques images vivantes qui faisaient d’elle, jadis, l’une des villes les plus belles et les plus prisées du bassin méditerranéen. «Ouahran Ouhran rouhti Ekhsara…» disait une chanson. Le poète ne croyait pas si bien dire.

Par S.Benali