lundi , 18 octobre 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Nadia Madani</span>:<br><span style='color:red;'>Quand le handicap devient une force sur le chemin de la réussite</span>
Capture écran © APS

Nadia Madani:
Quand le handicap devient une force sur le chemin de la réussite

De nombreuses femmes algériennes démontrent chaque jour, à force de détermination et de courage, que rien ne peut résister à leur envie de réussir même dans des domaines considérés comme la «chasse gardée» des hommes

Nadia Madani fait partie de cette catégorie  hors du commun, mettant de côté son handicap moteur qui, au lieu de  constituer un frein, aura été un moteur pour réaliser ses rêves et arracher  admirations et reconnaissances.  «Le vrai handicap est dans la tête» : tel est le leitmotiv de cette dame  d’Ain M’rane (commune de Chlef), dont la détermination, conjuguée à une  volonté à toutes épreuves, l’a menée loin sur le chemin du succès et de la  réussite, en dépit d’un handicap moteur qu’elle «n’a jamais estimé comme  tel».
Et pour preuve, cette «dame de fer» a investi le domaine agricole, en  optant pour les filières de vétérinaire, élevage avicole et aliments de  bétail, un secteur somme tout «masculin» où, paradoxalement, Mme Madani  s’est faite un nom, dans cette région conservatrice de Chlef, où elle fait  figure de «femme d’affaires accomplie et très respectée», de l’avis même de  ses clients. Mme Madani est née dans la ville de Constantine (1963) avec un handicap  moteur ayant nécessité son déplacement en France pour traitement et  rééducation. Elle y passa ses 13 premières années d’enfance. Une «durée  suffisante pour bénéficier d’une résidence permanente en terre française»,  a-t-elle indiqué à l’APS, «mais j’ai préféré le retour au pays en 1987 «,  a-t-elle avoué. Et de poursuive : «ma véritable histoire a commencé à l’université de  Constantine où je me suis inscrite dans la filière vétérinaire, avant de  rencontrer mon futur mari, qui fut dès lors un soutien solide pour moi».
Après le mariage, le couple est parti travailler dans la wilaya de Chlef,  précisément dans la commune d’Ain M’rane où Mme Madani «en pure jeune fille  de la grande ville, trouva d’abord la vie + pas à son goût+ dans cette  petite bourgade de l’année 1993», raconte-t-elle. Elle commença d’abords à travailler dans le secteur de l’enseignement,  avant de se faire recruter dans l’abattoir communal, avec son mari,  également vétérinaire. C’est là que les difficultés ont commencé, se rappelle-t-elle amusée, car  «nombre de paysans de la région rejetaient l’idée de faire examiner ou  vacciner leur bétail par une femme», se rappelle-t-elle. Un constat qu’elle a vite fait, mais à force de détermination et de  travail, les choses ont beaucoup changé dans ce milieu «masculin» par  excellence.
«C’est surtout mon amour du métier qui m’a permis de tenir et de prouver,  par mon travail, la capacité de la femme à réussir dans le domaine agricole  «, affirme-t-elle, se disant fière de son parcours. Car, outre son travail acharné sur le terrain, la femme-courage, qui  parlait très mal l’arabe (son long séjour en France oblige), a vite fait  d’apprendre le dialecte local, pour communiquer avec la population, au  moment où son handicap «n’a jamais constitué» pour elle, « une entrave» à  la consécration de son rêve de création d’une usine de production d’aliment  de bétail, assure t-elle.
Un rêve réalisé aujourd’hui, grâce à sa riche expérience sur le terrain,  en tant que vétérinaire, de même qu’en matière d’élevage de volaille. 2013 fut une année heureuse pour Mme Madani et, pour cause, ce fut l’année  où, grâce à un soutien de l’annexe locale de la Caisse nationale  d’assurance chômage (CNAC), son rêve d’usine de production d’aliment de  bétail et de volaille a pu voir le jour. «Le projet est actuellement en plein essor et j’aspire à le développer  davantage à l’avenir «, a-t-elle confié, sans cacher les «craintes du  début», quand elle a eu l’idée de présenter son projet à la CNAC. «Outre  les entraves bureaucratiques, j’avais surtout peur d’essuyer un refus à  cause de mon handicap «, a-t-elle confié. «Mais mes craintes se sont vite dissipées devant les facilitations  accordées par la CNAC qui, en plus du soutien de ma famille, ont permis la  concrétisation de mon projet en 2013», s’est-elle félicitée.
Cette usine, qui contribue actuellement à l’approvisionnement du marché  local en aliment de bétail et de volaille, fait partie des investissements  prospères cités en exemple en matière d’efficience des dispositifs publics  de soutien à l’emploi, ici la CNAC. Un avis corroboré par le représentant de la CNAC à Chlef, Lhadi Aoues, qui  estime, que le projet de Mme Madani ait partie des «plus importants»  investissements de la région, dans le domaine agricole. Il a souligné les compétences professionnelles et l’expérience de terrain  de la promotrice, comme étant les «seuls critères ayant prévalu dans la  validation de son dossier», assurant que son handicap «loin de constituer  une entrave, fut au contraire un atout pour elle», car les personnes aux  besoins spécifiques sont considérées prioritaires auprès de la CNAC, en  application d’une instruction de la tutelle préconisant la facilitation de  l’intégration de cette catégorie sociale, affirme le responsable. Encore plus, des visites de terrain sont régulièrement effectuées par les  services de la CNAC, au niveau de ce projet, doté d’un investissement de  plus de 4,5 millions de Da, en vue de «constater les développements à son  niveau et d’informer sa promotrice sur les dernières nouveautés introduites  dans le domaine, tout en voyant s’il y’a nécessité de la faire bénéficier  d’une formation en gestion et entreprenariat «, assure Lhadi Aoues.
Le même responsable a tenu, à l’occasion, à dissiper les craintes des  personnes aux besoins spécifiques quant à la prise en charge de leurs  demandes d’investissement, par la CNAC, affirmant que son dispositif a  assuré le financement d’une dizaine de projets initiés par des promoteurs  relevant de cette catégorie, durant ces cinq derniers années . Nonobstant son handicap, si cette dame a su imposer le respect, en se  frayant une place en tant que femme d’affaires aux compétences avérées,  elle peut surtout se targuer d’avoir contribué au changement de certaines  mentalités, dans un secteur (agricole) sensé être exclusivement masculin. Mais au delà de son sens des affaires, Mme Madani est surtout une «mère au  foyer accomplie», de l’avis même de son mari et de ses trois enfants, qui  se disent «très fiers» de cette «mère qui a construit sa propre réussite»,  à travers un parcours des plus impressionnants, d’abords entamé en France,  avant son retour au bercail à Constantine, puis son installation à Ain  M’rane. La dame a tenu, à l’occasion, a assurer qu’elle» ne pense nullement à  retourner en France», non sans lancer un appel aux jeunes en vue de «saisir  les opportunités disponibles en Algérie», et à rejeter l’idée de la  «Harga», qui ne fait que «menacer leur vies et attrister leurs familles»,  dit-elle.
La dame s’est dit, en outre, «très optimiste» quant à la place dévolue  actuellement à la femme dans la société algérienne, estimant que celle-ci  (femme) peut réaliser ses ambitions à force de «volonté, détermination et  travail». Des valeurs qu’elle préconise, également, pour toute personne aux besoins  spécifiques, qui doit être convaincue que tout «handicap est seulement dans l’esprit».