dimanche , 28 février 2021

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Rien d’autre qu’une femme

La violence exercée contre les femmes est un phénomène bien enraciné en Algérie. Un phénomène dont souffrent toutes les sociétés par ailleurs. Il serait mensonger de dire que seules nos sociétés traitent mal les femmes. On le voit, on le suit et on le découvre chaque jour à travers les télévisions du monde entier, y compris, dans les sociétés dites développées et démocratiques.
Il ne faut pas se voiler la face et continuer à accabler notre seule société, car ce comportement réduit drastiquement toute avancée réelle pour la protection des femmes. Bien sur, cette violence s’exerce à des degrés différents d’une société à une autre. Et ce qui fait la différence dans ce cas, ce sont les lois de chaque pays et les sanctions qui sont affligées à ceux qui commettent ce genre de délits.
L’autre aberration dans ce délicat sujet, c’est de croire que seules les femmes au foyer sont victimes des violences. Comme pour les sociétés, la femme qu’elle soit illettrée ou éduquée, qu’elle travaille ou non, elle subit les mêmes violences. Car tout est dans le regard de l’homme, qui reste convaincu que la femme est un être mineur sur lequel il peut exercer toute sorte d’autorités et de brimades.
Peut être que le plus grave dans cette violence, ne sont pas ces visages de femmes tuméfiés et ensanglantés, mais ces invisibles douleurs d’une violence psychique qui s’exerce sur des milliers de femmes, dont certaines finissent par se donner la mort ou perdre raison. Cette violence invisible exercée de manière sournoise par le cercle proche de ces femmes est des plus pervers et des plus dangereuses.
Et malheureusement c’est pratiquement là, le lot quotidien de millions de femmes, entre sœur, mère et épouse qui affrontent au quotidien cette pression destructrice. Et cet enfer là, cet enfer silencieux, on ne peut pas la quantifier, on ne peut pas le mettre en statistiques, car c’est toute une omerta qui s’érige autour de lui.
C’est une complicité générale où tout le monde, avec le temps, se sent dans la normalité. En d’autres termes c’est là une violence devenue et banalisée au point de ne soulever aucune contradiction. Les plus anciens dans leur ignorance vous diront c’est « trabia », comme si dans cette société cette « trabia » ne s’applique qu’à la femme, même quand elle est majeure, même quand elle est instruite, même quand elle est juge ou médecin. Mais au fond , elle n’est rien d’autre aux yeux de ses bourreaux qu’une femme.

Par Abdelmadjid Blidi