vendredi , 14 août 2020

...:
Un fossé abyssal

Espagne, Liban, Chili, Equateur, Egypte, Hong Kong et la liste est encore longue. Les peuples se soulèvent et n’hésitent plus à affronter les services de sécurité et même leurs armées comme c’est le cas à Santiago du Chili ou au Liban.
Et si pour la Catalogne en Espagne ou Hong Kong les mouvements sont d’ordre politique et séparatiste, dans tous les autres cas les raisons sont sociales et économiques. Ce qu’il faut relever dans ces derniers cas, c’est la rapidité de la riposte des populations aux décisions des gouvernements. Une rapidité qui échappe encore aux réflexes des gouvernants qui n’arrivent pas encore à se mettre au niveau des exigences des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, qui sont des moyens de mobilisation à grande vitesse.
Nous ne sommes plus dans le 20éme siècle et ses révolutions qui prenaient des années à se mettre en place. Nous ne sommes plus dans ces modes d’organisation qui se faisaient encore à travers des lettres de poste et des téléphones fixes et qui demandaient parfois des mois pour faire circuler une seule information et mettre en place des plans de riposte aux décisions des gouvernements.
Tout va très vite. Un clic sur face book, ou tout autre réseau social, et voilà le mot d’ordre reçu par des milliers de personnes qui investissent les rues dans les minutes qui suivent. Les peuples ne subissent plus, et les gouvernants n’ont plus le droit de décider en vase clos, au risque de voir leurs mauvaises décisions leur éclater au visage.
Au Liban, en Equateur ou au Chili, ce sont des augmentations de taxes sur les moyens de communication, d’essence ou de tickets de transport qui ont mis le feu aux poudres. Des décisions à peine dévoilées par les gouvernements que voilà déjà des milliers de personnes qui investissent les rues et qui bravent la force publique jusqu’à l’affrontement frontal. Jusqu’à la mort. Car des morts, il y en a eu dans ces manifestations et il n’est pas dit qu’il n’y en aura pas d’autres.
Le pire dans ces mouvements, c’est que les raisons premières de cette colère, cèdent très vite le pas à des revendications encore plus profondes et quasiment impossibles à satisfaire. Et plus le temps passe, et plus les gouvernants tardent à répondre aux premières manifestations, et plus la situation devient incontrôlable et les revendications diverses et multiples.
Car là aussi, alors que les dirigeants sont encore en train d’organiser leurs premières réunions pour répondre à la colère populaire, d’autres clics ont déjà fusé sur la Toile et donner encore plus de radicalisation aux manifestations.
Dans le monde qui est le notre aujourd’hui, nos gouvernants n’arrivent plus à suivre les bouleversements qui agitent leurs sociétés et ne réalisent pas encore les extraordinaires métamorphoses imposées par l’Internet. Un décalage qui n’annonce rien de bon, notamment dans nos sociétés arabes qui vivent encore dans un autre siècle et qui n’arrivent plus à se mettre à la hauteur de leur jeunesse, qui elle, est déjà dans un autre monde.

Par Abdelmadjid Blidi