lundi , 28 septembre 2020

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Un pays dans l’impasse

Le Liban n’en finit plus de compter ses morts et ses blessés depuis les terribles explosions dans le port de la capitale Beyrouth survenues mardi dernier. Des explosions qui ont remis au devant la fragilité du pays et le grand degré de déliquescence auquel est arrivée la gestion de la chose publique.
Elle a aussi mis à nu l’inertie et l’incapacité d’une classe politique qui a perdu tout crédit aux yeux de la population. Un laisser aller flagrant qui a fini par exploser concrètement au port de Beyrouth à cause de ces 2750 tonnes de nitrate d’ammonium laissés à l’abandon sans que personne ne s’en inquiète jusqu’à l’avènement de ce terrible drame.
Mais bien avant l’avènement de ce terrible drame, la rupture entre les politiques et la population était déjà consommée. En effet, la rue libanaise bouillonnait déjà depuis des mois. Les marches, manifestations et regroupements ne se sont presque jamais arrêtés depuis près d’un an pour dénoncer la corruption et l’incompétence d’une classe politique dépassée par les évènements et incapable de répondre aux doléances de la rue, qui d’ailleurs n’attendait rien d’elle et exigeait son départ. Mais ni la démission de Saad Hariri et de son gouvernement, ni le profil bas adopté par le très puissant Hezbollah, ni les promesses de changement n’ont changé le cours des choses et l’itinéraire malheureux d’un pays qui fonçait tout droit vers le mur et l’impasse dans lesquels il étouffe aujourd’hui.
Le Liban semble livré à lui même et peine à trouver cette porte de sortie qui lui permettra d’engager les réformes nécessaires sur le plan économique et politique pour apaiser la colère d’une rue qui veut des changements de grandes profondeurs et qui ne fait plus confiance à toute la composante de la classe politique actuelle. Des Libanais qui accusent les hommes politiques d’être derrière toutes les crises et tous les maux du pays, à commencer par les deux terribles explosions du port de Beyrouth.
Et dans ce décor de chaos et d’incertitudes à tous les niveaux, il y eut cette visite presque surréaliste du président français qui a menacé, averti et lancé des ultimatums, avertissant qu’il reviendra au mois de septembre pour voir où en sont les choses. Mais cette visite est un autre sujet et un autre débat dont chacun pourra en faire une idée et un jugement. Cependant ce qui semble indéniable aujourd’hui c’est que le Liban n’a pas fini de manger son pain noir.
Par Abdelmadjid Blidi