lundi , 18 janvier 2021
<span style='text-decoration: underline;'>Maradona a été enterré jeudi</span>:<br><span style='color:red;'>Une partie du football est morte</span>

Maradona a été enterré jeudi:
Une partie du football est morte

Diego Maradona a été enterré ce jeudi. Décédé mercredi, à l’âge de 60 ans, l’enfant terrible de football argentin et mondial, a dérouté dans un dernier dribble, dont il a seul le secret, ses millions d’amoureux dans le monde. Son cœur l’a lâché, et il a lâché, lui, tout son monde. Partant dans un dernier fracas comme à son accoutumée.

Maradona c’est bien plus qu’un grand footballeur, bien plus qu’une star ou une idole, mais un personnage unique, qui avait un avis sur tout et qui pour beaucoup était le défenseur des pauvres et des opprimés. Il ne cachait jamais sa détestation du grand satan américain et affichait pleinement son admiration pour les leaders de gauche et ses meilleurs amis étaient bien Fidel Castro et Hugo Chavez, les deux grands ennemis de Washington en Amérique Latine.Maradona c’était aussi une vie tumultueuse, avec d’innombrables sorties de route, empêtré qu’il était dans les histoires de drogue d’alcool et de fréquentation à peine cachée avec la cammora. Mais ceci ne pouvait jeter aucune ombre sur ses positions politiques, en particulier sur le continent américain.
Maradona, a sublimé son sport, le football. Il a marqué des générations entières aujourd’hui quadragénaires ou sexagénaires qui ont été enivrées par ses gestes techniques, bien loin de ce que peuvent nous offrir les vedettes aseptisées d’aujourd’hui. Ce pipé de oro (gamin en or) sorti des plus pauvres bidonvilles de Buenos Aires a traversé le monde et ses stades jusqu’à s’arrêter en Italie à Naples. Une équipe moyenne du sud pauvre de l’Italie qu’il allait mener aux cimes en mettant à genoux les grands du nord riche, en ridiculisant les juve et les Inter et AC Milan, et casser leur hégémonie sur le calcio. A lui seul, il a fait sortir toute une région de ses seuls règlements de compte et batailles rangées entre clans de la mafia pour la mettre sur le toit de l’Italie du football. Maradona c’est aussi une coupe du monde unique en son genre, celle de 1986, où l’enfant prodige de Buenos Aires a redonné à son pays son honneur perdu sur les iles des Malouines occupées par les forces britanniques. Et en ce mois de juin sous le ciel de Mexico, Diego allait écrire l’une des plus grandes pages de l’histoire du football. Ce jour et face à cette «arrogante» Angleterre il inscrivit deux buts qui auront, à jamais, une place à part dans le football mondial. Le premier de la main, qu’il qualifiera de « la main de dieu», et le second un but d’antologie où il passa en revue la moitié de l’équipe adverse, y compris le gardien, pour inscrire ce deuxième but, qui fera oublier aux Argentins l’affront de la défaite aux Malouines et arracher, paradoxalement, une victoire politique à son pays. Et ensuite il y eut cette amère défaite au mondial de 1990 et les sanglots d’un gamin que personne ne pouvait consoler. Avant que quatre ans plus tard ne se ferme cette extraordinaire histoire au mondial américain où le joueur est contrôlé positif à la cocaïne et exclu du tournoi. Mais là aussi l’enfant terrible du football mondial est vite pardonné. Mieux encore, cela ne fera que grandir encore la légende de l’homme. Maradona, on peut en parler, sans arrêt ni aucun recours à Google ou autre moteur de recherche, tellement la vie de cet homme est exceptionnelle et pleine d’histoires grandes, mais aussi d’autres bien tristes et bien basses. L’homme pouvait monter très haut et descendre très bas, sans que cela n’atteigne en quoi que ce soit l’aura d’un personnage que beaucoup considérait comme un»dios».
D’ailleurs, le dernier hommage qui lui a été rendu et le recueillement autour de sa dépouille par des milliers d’Argentins s’est terminé dans la violence entre manifestants et policiers. Un peu comme la vie de cet homme mi-ange, mi-démon. Un homme qui a signé avec sa mort, la mort d’une partie du football.
Fayçal Abderrahmane