samedi , 15 août 2020
<span style='text-decoration: underline;'>Aïn El Türck</span>:<br><span style='color:red;'>Une saison estivale en demi-teinte</span>
© D.R

Aïn El Türck:
Une saison estivale en demi-teinte

Cela est connu depuis longtemps chez les habitants de la Corniche oranaise, la saison estivale rime avec cherté des produits de consommation de première nécessité ainsi que ceux des fruits et légumes.

Si pour un vacancier occasionnel, les fortes dépenses sont prévues pour son séjour dans l’une des stations balnéaires d’Aïn El Türck, pour l’autochtone en revanche, c’est la saignée du budget familial.  Dès les premiers jours d’été, les tarifs passent du simple au double, voire plus pour certains produits.
Le même épicier du quartier dont vous êtes à longueur d’année client, vous vend la bouteille d’eau minérale au double de son prix habituel, tout en affichant cette mine désolée mais sournoise, histoire de recevoir votre compassion. Depuis une poignée de jours, soit depuis le départ d’une grande partie des vacanciers, les prix des fruits ont drastiquement baissé, presque de moitié pour certains d’entre eux, et de surcroît sont de meilleure qualité. Miraculeusement, les marchés s’apaisent, les mines des consommateurs se font moins grises, les visages se dérident et les ménagères semblent moins angoissées.
L’impact est général, les hôteliers réduisent leurs tarifs à la nuitée, les particuliers locataires sont moins gourmands pourvu qu’ils grattent quelques dinars supplémentaires avant la clôture de la saison estivale et les transporteurs, plus précisément les taxis clandestins, sont moins agressifs sur les prix à la course. En somme, c’est en quelque sorte le repos du guerrier mais éphémère pour les autochtones, qui se réapproprient peu à peu les espaces conquis par les vacanciers durant leur séjour, retrouvent les plages moins encombrées et une ville moins tumultueuse.
Mais la grande joie à retrouver par ces habitants, ce sera celle de l’eau potable qui manquera moins comme cela a été le cas lors de cet été, jugé comme étant l’un des plus catastrophiques comparativement aux saisons précédentes. Une vraie galère a été vécue par les familles d’Aïn El Türck, dont beaucoup se sont résignées face au silence de mort des services de l’ADE mais à la grande joie des colporteurs d’eau qui ne sont pas gênés pour multiplier le prix de la citerne de 3.000 litres.
D’ailleurs, nombre d’agriculteurs se sont reconvertis à l’occasion en colporteurs, vu le bénéfice substantiel qu’ils pouvaient tirer de la vente de l’eau douce, négociée à moins de 200 Da auprès d’un propriétaire d’un puits pour la revendre jusqu’à 2.000 et 3.000 Da. Il n’y avait qu’à voir ces cortèges incessants de camions citernes reconnaissables de loin aux bruits particuliers de leurs moteurs pour comprendre que l’activité se portait à merveille et qu’en face, la situation en matière d’approvisionnement en eau potable, était tout bonnement, dramatique. Quoiqu’il en soit, les lampions s’éteignent sur une saison estivale ternie par les innombrables manquements, fade faute d’animation et peu rentable en matière de fiscalité et qu’à cet effet, un bilan s’impose.
Envisagées avec ce même état d’esprit, et telles que gérées cette année, les prochaines saisons n’augurent pas un avenir radieux. La seule joie, est peut-être celle des milliers de vacanciers qui se sont précipités sur Aïn El Türck pour goûter aux délices de la mer et fuir surtout les températures caniculaires qui sévissaient dans leurs wilayas respectives. Vu sous cet angle, les autorités locales et les pouvoirs publics, peuvent afficher leur satisfaction. Sous un autre angle, cela n’évite pas la paupérisation de la population locale, notamment celle juvénile, qui retombera dans la désuétude.
Karim Bennacef